BEIGBEDER EN SERVICE COMMANDÉ


Un article a été publié sur internet (LEXPRESS.fr) avec pour titre « Le livre numérique est-il une apocalypse ? ». Il mettait en scène Frédéric Beigbeder et François Bon. Le premier se donne sur des médias en pièces multiples, le second organise des ateliers d’écriture, travaille à l’édition numérique, mène une réflexion élaborée sur les défauts structurels du système éditorial français. Lettropolis suit un chemin bien proche de celui de François Bon. Nul doute que nos expériences ne finissent par se rejoindre quelque jour.

Ce dialogue a-t-il enrichi notre connaissance ? Oui, certainement, si on s’intéresse plus aux poses de l’auteur à la mode qu’au livre numérique et à la littérature. Malheureusement, Lettropolis est obligé d’en tenir compte et d’y répondre. Il en va de notre crédibilité.

Que Beigbeder affirme ou laisse affirmer qu’il « refuse d’être lu sur un écran » est déjà étonnant dans le cadre d’un journal fait pour être lu sur écran. Passons ! Il y a pire.

PROPAGER DES HUMEURS OU DES RUMEURS ?

Passons un peu moins vite sur le fait qu’il « adore… sniffer les livres ! » Bigre ! Moi qui pensais bêtement qu’un auteur aimait à être lu, éventuellement compris, qu’un lecteur s’intéressait au texte, aux nouvelles connaissances qu’il y rencontrait… j’ai dû me tromper d’objet, de sens, et de monde. Nous essayerons de proposer des OLNIs® parfumés pour entrer dans les petits papiers du monsieur, papiers d’Arménie, comme les chantait Régine, ou papiers tournesol pour nous rapprocher de ses lumières.

La vérité est peut-être plus prosaïque : si le bel objet n’est pas à dédaigner, le livre n’est pas le seul. Mais dans le cas particulier du livre, si son esthétique passe avant son contenu, il y a un savant mélange de tromperie sur la marchandise, de détournement de conscience, et de fétichisme inavoué, sorte de « paluchage » qui n’ose pas dire son nom. Les livres à lire d’une main ont certainement de beaux jours devant eux, mais, à Lettropolis, nous ne développerons pas cette spécialité.

Alors il faut aller plus loin, oser l’hypothèse que, en toute connaissance ou non, ces personnages qui se précipitent pour vanter la caresse du papier, l’odeur de l’encre (dans un commentaire à cet article), le toucher de la couverture, etc. ne sont que les faire-valoir d’une campagne de pub sous-jacente – je préfère les termes d’imprégnation des consciences ou de publicité invisible – par laquelle nombre de grands éditeurs tentent de vanter leur marchandise dont ils connaissent fort bien les défauts profonds. Et en campagne de pub, M. Beigbeder s’y connaît.

LA VÉRITÉ SI JE MENS

 

Parvenus à ce stade, nous devons nous poser d’autres questions, en reprenant quelques points de l’avenir apocalyptique qu’il nous promet :

– F.B. : « …la fermeture des librairies, des bibliothèques » : encore faudrait-il que le papier disparaisse, ce qui n’est ni souhaitable ni réaliste.

– Lettropolis soutient que le numérique accompagne le papier et que les deux s’enrichissent.

– F.B. : « la disparition de beaucoup de métiers comme celui d’éditeur »

– Lettropolis : Alors, seuls les éditeurs sur papier seraient de vrais éditeurs ? Et seuls les auteurs sur papier seraient de vrais auteurs ? Lettropolis n’accepte ni cette discrimination, ni ce mépris.

– F. B. : « la signature d’autographes »

– Lettropolis : la question est déjà réglée par Lettropolis et nos présences sur salons littéraires en sont la preuve.

– F.B. : « …le livre numérique… uniformise toute la littérature du monde dans un seul objet, alors qu’autrefois chaque livre avait sa forme, sa typographie, son nombre de pages, ses blancs. Avec le livre numérique, l’auteur n’est plus maître de ça. »

– Lettropolis : si l’organisait un concours de mensonges comme il en existait au Moyen-Âge, M. Beigbeder aurait ses chances.

– F.B. : « Vous ne croyez pas que ça l’emmerderait, Rimbaud, d’être dans la même typo que Katherine Pancol ? » 

– Lettropolis : Et pourquoi pas, si c’est la mieux adaptée ? Mais Lettropolis n’envisage pas de créer une « typo » (une casse peut-être) nommée Beigbeder.

– F.B. : « Ha oui, parce que ça aussi, c’est une belle escroquerie. On nous explique qu’on supprime le livre sur papier, la distribution, la librairie, tous les intermédiaires, mais on doit être payés pareil si ce n’est moins. C’est exceptionnel comme vol. Sans compter que le livre sera vendu évidemment moins cher. » 

– Lettropolis : S’il parle des grandes manœuvres à haut niveau pour saucissonner les auteurs et les lecteurs, d’accord. Alors qu’il se retourne vers ses propres éditeurs. Ensuite, qu’il vienne à Lettropolis pour s’ouvrir à un autre monde, à d’autres chiffres, à d’autres contrats.

– F. B :« Il faut qu’il y ait une justice, que les auteurs soient davantage rémunérés, et il faut sauver les librairies. Vive la loi sur le prix unique du livre. »

Lettropolis : la défense de l’édition ne passe pas par les aboiements, mais par la juste place de l’auteur, du lecteur, de l’éditeur, et du diffuseur. Le reste n’est qu’escalade de privilèges.

– F.B. : « Le Net est un endroit où l’on est constamment dérangé, par des alertes, des tweets, des emails. C’est le contraire de la concentration. On a besoin de se concentrer pour rentrer dans le cerveau de quelqu’un de génial. » 

– Lettropolis : Sait-il seulement qu’on peut travailler hors connexion, de la même manière qu’on peut débrancher son téléphone ?

UN AUTRE SON

Si l’on veut vraiment réfléchir, avec lucidité et courage, il vaut mieux reprendre le diagnostic de François Bon : « Ce n’est pas le livre numérique qui a abîmé la librairie. Elle a été abîmée par la grande distribution, par le fait de dépendre d’un trop petit nombre de références pour son chiffre d’affaires, par le peu de temps que les livres restent en rayon. »

J’aurais pourtant aimé que M. Bon, qui ne manque pas d’arguments, les expose avec davantage de précision. Certains éléments doivent manquer.

QUE CONCLURE ?

Que les grands oubliés de cette histoire sont les lecteurs (cochons de payants!), et tant de bons auteurs (tant pis pour vous, la place est prise!).

Que M. Beigbeder se pare de la plume du paon plaintif : « Je mène un combat d’arrière-garde, perdu d’avance, et c’est ce qui est beau dans ma démarche. Je suis un Don Quichotte … »

Qu’à cela nous répondons tranquillement : don Quichotte, certainement pas. Salluste, pourquoi pas ?
J’ai comme envie de revoir un bon film, avec Louis de Funès et Yves Montand.

Avec les compliments de Lettropolis : l’édition numérique de livres numériques appelés OLNIs®

Cet article est dans la catégorie 3 Lettropolis s'explique. Disponible sous permalien.

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