TOUSSAINT, IL Y A CENT ANS

ROGER VAILLAND, par Yves COURRIERE

UNE COMPOSITION FRANÇAISE POUR LA TOUSSAINT

Intéressante biographie que celle de Roger Vailland par Yves Courrière. Pensons ce que nous voulons du personnage, mais retrouvons-le cent ans auparavant (presque) le 5 novembre 1918 au lycée Henri IV en 6e A2. Il a onze ans, voici l’une de ses premières compositions françaises :

« Pendant les fêtes de la Toussaint et des Morts nous honorons plus que d’habitude la mémoire de nos morts et nous allons visiter leurs tombes. Mais depuis 1914 ce sont surtout nos pauvres soldats que nous pleurons.

Moi, j’ai eu quatre cousins qui ont été tués pendant cette terrible guerre. J’aimais plus particulièrement l’un d’eux : mon cher Pierre.

Avant la guerre nous nous voyions très souvent et nous nous aimions beaucoup. Il partit dès le commencement de la mobilisation, heureux d’aller défendre sa Patrie. Nous le vîmes s’en aller avec son régiment le 13e d’infanterie. Comme il m’a paru beau, monté sur son cheval et caracolant le long de sa batterie. Il prit part à beaucoup de sanglantes batailles où il eut une si belle conduite qu’il reçut une très jolie citation dans laquelle on louait sa bravoure, son sang-froid, sa ténacité.

J’eus aussi le plaisir de lui voir la croix de guerre à sa première permission. À toutes les autres il vint nous voir et nous raconta les batailles où il avait pris part. Son moral était excellent. Il parlait de la victoire avec une grande confiance. La dernière fois qu’il vint j’ai cru qu’il sentait qu’il allait mourir; il me dit : Roger embrassons-nous bien, nous ne nous reverrons peut-être jamais. Il reçut le grade de lieutenant. Malheureusement, cinq jours après, un shrapnel le frappa dans la colonne vertébrale. Des infirmiers vinrent le chercher et l’emmenèrent à l’hôpital. Il demanda au médecin s’il allait être renvoyé à Paris ; le médecin lui répondit qu’il y serait envoyé le plus tôt possible. Il demanda aussi qu’on écrivit à sa mère.

Oh! Combien je dois vénérer la mémoire de mon cher Pierre : il a donné 4 ans de grandes souffrances, sa vie et un exemple de courage et de patriotisme pour que nous, jeunes garçons, nous n’allions pas à la guerre plus tard, pour que notre Patrie ne soit pas conquise par les Boches, que nous ne soyons pas réduits à l’esclavage, pour qu’elle soit plus grande que jamais.

Combien de pauvres soldats ont fait comme lui? Aussi, tous, nous devons nous associer pour leur rendre hommage. Pendant ces deux jours nous devons penser plus particulièrement à eux et faire une visite à un cimetière où nous verrons les tombes de ces braves. »

ANNOTATION

Apprécions à leur juste valeur ces quelques lignes d’un garçon de onze ans : clarté du style, rythme, choix des mots, sensibilité. Aujourd’hui un tel devoir dépasserait le maximum de la notation… sauf à être rejeté pour incorrection politique et élitisme insupportable.

Quoi qu’il en soit, voici les annotations du professeur : « Composition « assez bien pensée et convenablement écrite en général », mais quatre fautes en trois pages et quelques absences de signes diacritiques lui firent ajouter : « Attention à l’orthographe et à l’accentuation. »

Comme le signale Yves Courrières : « À Henri-IV, en 1918, le laxisme n’était pas de mise chez les professeurs ! » Cette biographie datant de 1991, rien ne nous empêche d’imaginer ce qu’écrirait aujourd’hui ce célèbre journaliste, s’il n’était décédé en 2012. Mais nous qui survivons…

PETITE QUESTION

Au fait, j’ai volontairement laissé une « grosse faute » dont je ne sais si elle provient du texte original ou de l’éditeur contemporain. L’avez-vous trouvée ?

Cet article est dans la catégorie 2 La littérature s'interroge, Lettropolis transmet, Non classé mot(s) clef(s) . Signet permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*