COCAÏNE ET AUTRES FADAISES

COCAÏNE

COCAÏNE

Il y a donc de la cocaïne non dangereuse !

Première nouvelle… et message que recevront fort et clair les victimes alléchées par les dealers et autres propagandistes à la conscience élastique. “C’est d’la bonne” diront-ils avec tous les accents dont celui de la persuasion.

Un titre du genre “Cocaïne doublement dangereuse” eût été plus adapté.

Mais revenons à la ligne – oh ! – directrice de notre série “Demain sans faute”, à savoir reprendre une incorrection pour revenir au bon usage.

Dans l’article cité, la bévue tient d’une formulation tellement répandue qu’elle en devient une figure de style : le dépôt furtif d’un message tronqué dissimulant la platitude trompeuse.

Bah ! Ce n’est qu’un malheureux pléonasme me diront certains.

Non ! C’en est le masque bénin dont on affuble le recel mensonger de la propagande creuse.

Drogue cocaïne et langage drogué

Nous entrons de plain-pied au royaume du camelot, du politique vendeur de vent, du Séraphin Lampion des assurances (bonjour Tintin), et autres fourgues en tout genre. C’est de la “communication” telle que manipulée par les “communicants”, ces nouveaux vases à formules creuses greffées sur l’inconscient des foules.

Comment arracher ce masque ? Comment découvrir la vérité ? Il suffit de remplacer toute formulation “évidente” par son contraire, et ce d’autant plus qu’elle lorgne vers l’emphase.

L’effet est saisissant. Dans les cas les moins graves, on comprendra la faiblesse, l’insuffisance. Mais le plus souvent, surtout de la part de quiconque cherche à vendre quoi que ce soit, on mettra à nu le manque, la forfanterie, la cautèle, la tromperie… et leurs conséquences prévisibles.

Exemple : dix personnes hospitalisées après la consommation de cocaïne non dangereuse.

Ou, dans d’autres domaines hors cocaïne :

“Je m’engage à vous servir” affirmera tel candidat. “Je serai le garant de la justice” proclamera tel autre. Remplacez automatiquement ces formules creuses par : “Je m’engage à vous mener à la trique” ou “Je serai le garant de l’injustice”.

On entendra alors que les secondes formulations sont inacceptables, ou qu’elles cachent de dangereux desseins. Par extension, on comprendra encore mieux que les premières n’étaient (au choix) qu’obligées, ou creuses, ou vides, ou fausses.

Autrement dit, citant en abrégé Mgr Dupanloup : « La négation de quelque chose n’est pas nécessairement l’affirmation du contraire. »[1]

Ou encore, du même auteur :

« Pour moi, j’aime mieux mille fois les négations les plus grossières que ces sophismes qui, sur le bien et le mal, corrompent les vraies notions des choses et dissolvent les consciences. »[2]

Bref ! Lorsque M. ou Mme X, Y, Z se déclarera “le président de tous les Français” (la “bête” application de la loi), j’aimerais mieux entendre la vérité : “Je serai fidèle à mes promesses données à mes électeurs, et j’espère convaincre les autres d’y adhérer.” Cela favoriserait (peut-être) la conduite démocratique des affaires, et encore mieux, la recherche de la vérité.

Il faut bien rêver de temps à autre, n’est-ce pas ? Ce qui signifie en fait : il ne faut pas rêver.

[1] La version précise et contextuelle est la suivante dans son Interprétation du Syllabus de Pie IX : « C’est une règle élémentaire d’interprétation que la condamnation d’une proposition, réprouvée comme fausse, erronée et même hérétique, n’implique pas nécessairement l’affirmation de sa contraire, qui pourrait être une autre erreur, mais seulement de sa contradictoire. La proposition contradictoire est celle qui exclut simplement la proposition condamnée. La contraire est celle qui va au-delà de cette simple exclusion. »

[2] https://archive.org/stream/nouvellesoeuvres02dupauoft/nouvellesoeuvres02dupauoft_djvu.txt

 

Cet article est dans la catégorie 2 La littérature s'interroge, Demain sans faute. Disponible sous permalien.

2 Responses to COCAÏNE ET AUTRES FADAISES

  1. Thioly a écrit:

    Comme la vie, le monde seraient simples, si en effet la logique binaire avait le pouvoir d’en rendre compte, affirmation/contre-affirmation, l’une excluant l’autre et réciproquement. Mais voilà, plus nous découvrons la complexité du réel, plus nous sommes tentés, au moins collectivement, de renoncer à l’effort que requiert l’intelligence de cette complexité, et donc d’adhérer aux discours simplistes, à forte charge émotionnelle, comme on le voit avec la montée des populismes de tout poil. Il n’est même plus besoin de rhétorique sophistiquée pour travestir les faits, la réalité, les affirmations les plus stupides y suffisent, pour autant qu’elles soient véhiculées par un langage simpliste, à la portée d’un enfant de 10 ans, et martelées avec autorité.

  2. Thioly a écrit:

    oups, voilà bien le danger des clics hâtifs, je m’aperçois qu’une coquille s’est subrepticement glissée dans mon commentaire; il fallait lire, bien sûr:
    « Comme la vie, le monde seraient simples, si en effet la logique binaire avait le pouvoir d’en rendre compte, affirmation/contre-affirmation, l’une excluant l’autre et réciproquement »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*