POUR QUI LETTROPOLIS A VOTÉ ?

Nous pouvons vous le dire maintenant que la campagne électorale est et a passé, Lettropolis a voté.

Le vote est allé au candidat qui avait pris toutes les mesures pour que, pendant son quinquennat, tous les enfants de six ans (cours préparatoire) à onze ans (entrée en sixième) aient appris à lire , écrire et compter… et à parler.

Par lire, nous voulons dire, non point ânonner, ni déchiffrer, ni deviner, ni approximer, mais comprendre et transmettre pour nous enrichir les uns les autres.

Par écrire, nous précisons connaître l’orthographe, appliquer la grammaire, utiliser les ressources de la langue dans sa fluidité et sa précision.

Par compter, nous pensons aux vertus perdues de l’entraînement mathématique incluses autant dans le développement de la mémoire que de celle de la logique formelle.

Quant à parler, il s’agit bien sûr d’articulation dépassant les seuls « trop cool » et autres apocopes réflexes et incantatoires.

Ainsi, pendant ce quinquennat qui correspondra à l’évolution d’un cursus complet de l’école primaire, nous aurons mis à la retraite les servants obstinés des méthodes globales et semi-globales, nous nous serons débarrassés des illusionnistes des pédagogies dévalorisantes. Et comme, même en ces domaines, l’égalité n’existe pas, nous aurons inculqué aux moins doués de ces élèves trois points fondamentaux :

  • que l’on peut toujours progresser en travaillant
  • qu’il ne faut pas mépriser ceux qui ont mieux réussi
  • et qu’au moins, les uns et les autres participent de la même culture et peuvent s’entendre à moindre effort.

Bien entendu, les esprits chagrins nous objecteront que nous chantons pour notre paroisse littéraire, que par notre vote nous cherchons à attirer de futurs auteurs et de futurs lecteurs.

C’est vrai. Ne nous en cachons pas. Mais, à parler franchement, notre petite musique n’a pas percé dans les fanfares électorales. Aucun des bateleurs de l’estrade n’a voulu de notre partition. Et même, je crois que nous rêvions tout éveillés…

Tant pis, nous poursuivons…

 

 

Avec les compliments de Lettropolis, édition numérique de textes numérisés appelés OLNIs® (Objet Littéraire Naviguant sur Internet)

 

 

 

 

 

 

 

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UN VRAI TRAVAIL

Pendant toute la campagne présidentielle, aucun mot touchant cette circonstance nationale n’a été écrit, ni sur le blog de Lettropolis, ni sur le mien, plus personnel. Cela était voulu. La conviction intime de Lettropolis et de ses membres est l’absence d’inféodation à tout parti. Ils seraient d’ailleurs bien étonnés, les imbéciles qui reprochent parfois à l’un ou l’autre d’entre nous ses fréquentations (la bêtise est insondable) de faire le bilan de toutes les sensibilités différentes à l’intérieur de Lettropolis, de ses membres, de ses auteurs.

C’est dans ces conditions que se conquiert la liberté… liberté de… (car sans complément de nom, ce terme n’est qu’un slogan creux) liberté, donc, de critiquer l’un quelconque des candidats, grands ou petits, ex de toutes obédiences, élu ou non. Bien entendu le plan littéraire est notre repère fondamental.

C’est pourquoi ce billet s’adresse d’abord à nos auteurs, présents ou futurs, et s’intéresse à la fameuse formule du « vrai travail » lancée par l’ex-président.

Quelles que furent, ses pensées, ses arrière-pensées, la formule était malheureuse.

Cet adjectif « vrai » est chaque jour dévalué, piégé, vidé de toute substance. C’est un cliché largement repris par des journalistes hâtivement formés à la langue française, et malheureusement suivis.

Si les glissements sémantiques existent pour tous les mots de toutes les langues, il en est certains qui méritent une attention particulière. L’adjectif « vrai » est de ceux-là. Ce glissement devient glissade par déséquilibre de la pensée et manque de support des synonymes nécessaires.

En effet, l’auteur doit se poser la question de la justesse de ses propos, de la richesse de leur sens, mais aussi de leurs limites, en quelque sorte, de l’entendu et du sous-entendu. Pour cela il peut très souvent s’aider de l’exercice intellectuel qui passe par la mise en place du contraire.

Ainsi, d’un « vrai travail » à un « faux travail » on mesure bien plus nettement les intentions ou les erreurs de l’auteur de la formule.

Que la personne chargée d’accomplir un travail s’en acquitte bien ou mal, vite ou non, est une question importante, mais qui ne modifie en rien la véracité de son activité de travail, de sa charge, de son retentissement heureux ou malheureux pour lui-même ou pour les autres. Il en est ainsi de toutes les activités, des plus physiquement pénibles à celle de président, tout aussi pénible, dans un autre registre de responsabilité et de charge. C’est cela qui doit être respecté.

Mais revenons à la littérature, c’est-à-dire au bon usage et au juste transfert d’information.

Il eût été astucieux de pêcher dans le large réservoir des adjectifs de notre langue, même si l’on voulait dévaloriser les efforts d’un camp adverse.

Travail supposé, travail prétendu, travail à la petite semaine, travail en faux-semblant, mini travail, travail fantôme (terme qui aurait rappelé d’anciennes heures lorsque le doyen Zamansky, à Jussieu, faisait référence aux étudiants fantômes), travail en demi-teinte, travail à deux mains gauches, comme le disent eux-mêmes les maladroits (et avouez que les conditions étaient réunies pour jouer de tous les sens de la langue française) etc.

Vrai est donc l’un de ces adjectifs qui supportent mal la glissade, l’utilisation à tout-va, la pseudo-description. Un usage plus adéquat de la langue eût évité une reculade faussement casuistique et « vraiment » peu glorieuse.

Toutes ces raisons font que nous recommandons à nos auteurs d’éviter l’utilisation de l’adjectif « vrai ». Soit il est pléonastique, soit il veut exprimer une comparaison mal ficelée, sorte d’image floue, trouvée au décrochez-moi-ça du dernier journal où l’on cause.

La preuve, toujours pendant cette campagne : la brave (?) journaliste d’une solide radio en trois lettres qui, parlant du rôle des policiers chargés d’éviter la rencontre des trois grandes manifestations du premier mai, insista sur ce que cela représentait de « vrai casse-tête ».

Comme nous n’avons entendu parler d’aucun traumatisme crânien, j’imagine que le « vrai casse-tête » n’était que la traduction inconsciente d’un fantasme habituel, une sorte de « vraie-fausse bavure » ou encore une « véritable » envolée pseudo lyrique, une « réelle » enfilade de fausses-vraies perles, plus ou moins de culture.

Bref, de la bouillie pour les chats.

Alors, à titre de petit exercice de style, nous relirons cette phrase pour en recueillir le bon usage du « vrai » :

« L’écuyer du duc de Guise lui avait rapporté la vérité, en lui disant que Madame de Montpensier était extrêmement malade ; car il était vrai que sitôt que ses femmes l’eurent mise dans son lit, la fièvre lui prit si violemment, et avec des rêveries si horribles, que dès le second jour l’on craignit pour sa vie. »

Elle est extraite de La Princesse de Montpensier, de Mme de la Fayette, texte publié par Lettropolis. Mais peut-être, avait-elle échappé à notre ex-président et à notre actuelle journaliste ? Lequel par manque de temps ? Lequel par mépris ?

Avec les compliments de Lettropolis, édition numérique de textes numérisés appelés OLNIs® (Objet Littéraire Naviguant sur Internet)

60 pages

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L’empire en vacances

http://www.lettropolis.fr/Public/Olnitheque/Fiche.php?ID_Article=53&fiche=PP

LETTROPOLIS publie L’Empire en vacances,

suivi d’un second titre : Les Diamant de Pauline,

                                     de Claude FERRIEUX.

Installez-vous confortablement, comme au théâtre… Chut! Le rideau se lève :

 LE RÉCITANT

Drôle d’idée, drôle de titre qui mérite que l’on s’y accroche. Quel empire peut jamais être en vacances ? Quel historien barbu, chenu, lunetté d’importance pourrait jamais ajouter foi à ce titre ? C’est pourquoi, ouvrons nos oreilles, et écoutons ce petit dialogue par lequel notre historien s’invite dans « Le Regard de Lettropolis » :

L’HISTORIEN ET L’ÉDITEUR

Mais Monsieur, vous n’y pensez-pas ! Vous oubliez qu’un empire n’est que la juxtaposition de divers peuples associés nolens volens sous une direction lointaine, juxtaposition branlante, hasardeuse, remuante par essence, n’attendant qu’une lézarde dans la grande maison pour en précipiter la chute ! »

— Oui mais, Monsieur l’historien, nous avons affaire ici à un romancier, avec toutes les autorisations et les audaces que lui confère la difficile définition du mot « roman ».

— Si vous croyez que raconter l’Histoire n’expose pas à autant de difficultés…

— Certes, mais au son de votre voix je devine que vous évoquez l’Histoire avec un grand H, un H majuscule propre à nous asséner de grandes vérités, à hacher – si vous le permettez – nos petites histoires en miettes.

— Vous me prenez pour un ogre peut-être ?

— Oh, je vois que j’ai touché un point sensible, l’Ogre, n’est-il pas le surnom de l’Empereur ? Et cette fois, c’est moi qui y mets une majuscule.

— Des jaloux, des manipulateurs, des servants d’officines, des… Ah ! Si je les tenais…

— Si vous le voulez bien, laissons ce point à d’autres. Vous permettez que je vous parle de ce roman ?

L’Historien (avec H majuscule) laisse échapper un soupir :

— Allons-y, je suis prêt au pire…

— Pour beaucoup d’entre nous, l’île d’Elbe n’est qu’un nom, un vague territoire mal positionné…

— Les Français ignorent la géographie, chacun sait cela.

— Alors la meilleure façon de la leur faire aimer, c’est de leur raconter une belle histoire. C’est ce que fait Claude Ferrieux. Il nous montre Napoléon devenu souverain de l’île, et comment, toujours grand organisateur, il lui insuffla son énergie mobilisatrice, comment, accompagné de ses fidèles d’entre les fidèles, il mena, une fois de plus, cent affaires ensemble.

— C’était un homme, un vrai…

— Oui, avec ses grandeurs et ses faiblesses, ainsi, lorsque Claude Ferrieux nous dépeint l’arrivée de Maria Walewska en son repaire montagneux de Madonna del monte à Marciana…

— Ah ! Il connaît cela votre monsieur Ferrieux ?

— Et bien d’autres choses encore. Les romans historiques sont aussi une belle machine à remonter le temps.

— Hum… Oui, si vous voulez… Enfin…

— Et qui plus est, il s’intéresse au sort des petits, ces grands oubliés de l’Histoire…

— Ne serait-ce pas une pierre en mon jardin ?

— Un gravier, tout au plus. Donc, il s’en passe des choses autour de cette visite, il en faut du monde, des régiments pour en assurer la sécurité, des gens de maison, et parmi eux, deux belles lingères polonaises dont l’une, Ludmilla, tombera sous le charme d’un jeune soldat prénommé Camille.

— Et ils se marieront, vivront longtemps et auront beaucoup d’enfants ?

— Ça, je ne vous le dévoilerai pas. Mais plus important est la douceur, la tendresse même qui se dégage de ces lignes. Vous verrez, Claude Ferrieux est un auteur de qualité, de cette qualité tranquille des bons enseignants qui ne forcent pas la note, qui vous donnent envie de remâcher l’histoire, d’y revenir, tout tranquillement. Oh ! Il n’use pas des grandes tirades, il refuse les flamboyances, les excès de tous genres. Simplement, il pose un regard apaisant sur les êtres et les choses…

— N’est-ce pas un peu mièvre, cette façon de raconter ?

— Point du tout, car les trahisons, les hésitations, les peines, les douleurs ne sont point absentes. Simplement elles ne sont pas traitées dans l’embrasement du romantisme, ni dans la noirceur entretenue d’un Zola, encore moins dans la dégoulinade morvo-sanguinolente des modes récentes.

— Dites ! N’êtes-vous pas en train de me faire l’article ?

— Vous en ferez ce que vous voudrez. Je vous dis simplement qu’il y a dans l’écriture de Claude Ferrieux, une certaine leçon de psychologie, car les héros ont tous leurs fêlures, leurs trahisons parfois, dont il faut bien qu’ils s’accommodent. Ainsi va la vie… si nous voulons bien regarder en nous-mêmes.

— Là, vous marquez un bon point.

— Et pour peu que le sérieux de vos études n’ait pas altéré votre sensibilité, vous y trouverez aussi une petite musique sous le charme de laquelle, je vous le garantis, vous tomberez.

— Je veux bien vous croire, mais , j’y pense… ce genre de roman, ne pourrait-il pas mener de jeunes esprits à aimer l’Histoire ?

— D’une pierre deux coups en quelque sorte…

— Mais il faudrait d’abord que j’en juge par moi-même.

— Bien entendu. Et je suis sûr que cette lecture vous rafraîchira l’âme, et vous donnera même envie de visiter cette belle île méditerranéenne.

— C’est vrai. Je ne l’avais jamais vue que sur une carte… et les vacances approchent… Je me demande…

  LE RÉCITANT

L’historien – nous voulons dire l’Historien – repartit vers ses études, mais, je puis vous l’assurer, un sourire nouveau éclairait son regard.

 L’Empire en vacances
de Claude FERRIEUX

190 pages,

4,85 €

 Avec les compliments de Lettropolis, édition numérique de textes numérisés appelés OLNIs® (Objet Littéraire Naviguant sur Internet)

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TRAVAIL D’AUTEUR

L’écriture est une étrange activité qui partage avec bien d’autres phénomènes deux caractéristiques d’apparence contradictoire : un mouvement d’introspection, de repli sur soi-même, et un mouvement opposé d’expansion, de publication. Pour aller vite, disons que l’écriture est au cœur de la vie intellectuelle, et si j’emploie ce terme dans son sens anatomique, c’est pour mieux marquer les liens organiques, calqués sur les mouvements de diastole et de systole, à savoir, les phases alternées de réception du sang dans les cavités cardiaques, puis d’expulsion pour l’irrigation du corps dans son ensemble.

Sans cette dynamique, la mort cardiaque est bien vite au rendez-vous. Parallèlement, l’auteur qui ne s’astreint pas à entretenir une dynamique équivalente pour son œuvre court le risque de la voir dépérir dans le milieu où elle devrait se développer.

En effet, une œuvre, qui débute par une gestation plus ou moins longue, qui mobilise les forces intellectuelles de son créateur (osons le mot) et qui donne naissance à une publication, mérite d’être entourée des soins nécessaires à son développement. À notre sens, l’auteur en est le responsable fondamental, soutenu par les aides adéquates.

Lettropolis fait le pari de la lecture active, vers laquelle concourent de nombreux facteurs : citons nos choix éditoriaux multiples, notre rejet de la facilité et des modes. Mais surtout, Lettropolis accompagne le lecteur par le contenu de son blog qui veut éviter les coups d’encensoir systématiques des textes publiés pour valoriser la réflexion qui s’impose à leur découverte, à leur lecture, à leur relecture.

Lorsque nous achetons un objet usuel, le plus simple soit-il, il doit être accompagné d’un mode d’emploi. Passons sur la qualité généralement défaillante de ces fascicules pour n’en retenir que l’intention : expliquer pour mieux comprendre et mieux utiliser, faire connaître.

Or, combien de fois, n’aimerions-nous pas mieux comprendre la cuisine littéraire de nos auteurs ? Cela passe par leur approche de la lecture, par leur décision de se mettre à écrire, par leur regard sur le monde littéraire, sur les transformations de l’édition, mais aussi par la facture de leur texte. Pourquoi avoir choisi ce sujet, cette façon de le traiter, la nouvelle plutôt que l’apologue, la forme dialoguée pseudo théâtrale plutôt que le roman ? Utilisez-vous un dictionnaire ? Lequel ? Comment faites-vous pour retenir un synonyme plutôt qu’un autre ? Aimeriez-vous recevoir des commentaires sur votre œuvre ? Accepteriez-vous d’y répondre ? Quel événement de votre vie avez-vous incorporé dans ce texte ? Lisez-vous de la poésie ? Préférez-vous l’alexandrin ou le vers libre ? Pour qui ou pour quoi écrivez-vous ? Etc.

Ces questions, ou d’autres, font partie de la relation initiale que nous souhaitons partager lorsqu’un auteur se découvre à nous. L’emploi de cet adjectif « initial » en mon esprit, ne se réduit pas à son sens banalisé d’un quelconque début, mais bien à un partage d’initiation, de concordance des pensées.

Or, il faut bien le reconnaître, si, avec certains, le dialogue se poursuit, fructueux et sympathique, les colonnes de notre blog ne sont pas encombrées de leurs chroniques littéraires.

Bien que Lettropolis axe ses choix sur l’intérêt et la qualité du texte, avec la volonté bien arrêtée de les offrir à un lecteur indépendant, soucieux d’humanisme et d’appropriation littéraire personnalisée, vient un temps, où l’auteur, doit être connu pour qu’un certain capital de sympathie rejaillisse sur son œuvre.

Il s’agit bien sûr d’éviter le vedettariat professionnel par lequel le système médiatique propulse certains personnages sur les tréteaux d’une renommée dévoyée. Mais, éviter ce piège ne justifie en aucune façon de tomber dans son opposé, le silence stérilisant, le « tout est écrit » quelque peu funéraire.

Écrire sur un ordinateur modifie profondément la structure du traditionnel brouillon. Sauf à utiliser l’outil « versions » (ce que peu de gens font), les regrets, repentirs et autres modifications se perdent dans l’infini possible des enregistrements. Ils partent dans les oubliettes numériques, les brouillons par lesquels le travail de l’auteur disparu revit devant le lecteur, avec ses doutes, ses affirmations, ses lancées ou ses hésitations, ses hiéroglyphes ou ses dessins d’accompagnement.

Il suffit de voir ceux d’un écrivain aussi fluide que La Fontaine pour imaginer à quelle somme de travail est due cette apparente facilité. Mais s’ils avaient disparu…

Cela, est un des pièges de ce merveilleux outil qu’est l’ordinateur. Mais à chaque piège doit répondre une stratégie. Ici, celle qui s’impose passe (entre autres) par l’existence sur le blog, par la mise en fonction de l’accompagnement du texte, par la mise en existence de l’écrit et de l’écrivain.

 In deserto… ?

Avec les compliments de Lettropolis, édition numérique de textes numérisés appelés OLNIs® (Objet Littéraire Naviguant sur Internet)

 

 

 

 

 

 

 

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BROUILLONS

Le 16 mai prochain, seront vendues aux enchères deux pages autographes d’Antoine de Saint-Exupéry, brouillon de son œuvre la plus célèbre écrite en 1941 à New York, Le Petit Prince, découvertes au milieu d’un monceau de lettres.

Le premier feuillet présente différentes versions du chapitre 17 (la rencontre avec le serpent) et du chapitre 19 (le petit héros au sommet d’une montagne découvre l’écho). Le deuxième propose sa rencontre avec un cruciverbiste, personnage auquel St Ex a renoncé. Etonnant abandon, car il semble être un ambassadeur de l’esprit humain : depuis trois jours, il cherche « un mot de six lettres qui commencent par un « G » et signifie « gargarisme ». Le manuscrit n’en livre pas davantage… Aucune réponse apportée, pas même à la question que le Petit Prince se pose dans la manuscrit. Pas de solution. Le mystère reste entier, et d’abord celui de la pensée de Saint-Exupéry.

Quelque chose nous échappe de l’itinéraire suivi par l’auteur. Nous sommes face à un choix, une décision sans en connaître le cheminement. Intimité préservée, secrets inviolés.
Nous sommes face à l’écriture.

Car oui, l’écriture est une suite de choix dont certains même peuvent échapper à notre conscience claire. « C’est venu spontanément… cela s’est imposé à moi », entend-on dire alors. Inutile d’interroger ses origines et savourons l’objet choisi ? Certes. Mais quand on a la chance de pouvoir connaître l’écriture initiale, celle à laquelle l’auteur imposera des transformations ou renoncera, il devient piquant et irrésistible, comme pour une énigme policière, de questionner les décisions d’écriture.

Ainsi, aux jeunes lecteurs qui, trop souvent, doutent que l’auteur ait « fait exprès » d’employer tel terme, d’enrichir une expression de telle figure de style, ou de rythmer sa phrase en trois temps, j’aime beaucoup raconter l’histoire d’un changement éloquent que l’on doit à Flaubert, dans l’écriture de Madame Bovary.

Emma Bovary et son jeune amant Léon se rendent à la ferme où elle a mis en nourrice sa petite fille. Boue, fientes d’animaux, odeurs nauséabondes : la misère paysanne habite chaque mot. Le couple pénètre dans l’unique pièce où vivent les fermiers. Première version : Léon essuie au racloir ses bottines bien cirées avant d’entrer. Deuxième version : le visage marqué de dégoût, il les essuie en sortant…

Par un coup de baguette magique, et -avouez-le- à bien peu de frais d’écriture, Flaubert nous donne à voir et à sentir, l’ immonde saleté dans laquelle la jeune femme, qui ne veut pas s’encombrer de ce qui ferait obstacle à son rêve de grandes amours passionnelles, abandonne son enfant.

L’intention est claire. La preuve de l’épuisant questionnement dans l’écriture est impeccable : mes jeunes lecteurs n’en reviennent pas.


On reste dès lors d’autant plus frustré de ne pas savoir pourquoi Saint-Exupéry a renoncé au cruciverbiste, si absorbé par sa recherche qu’il ne prête guère d’attention au Petit Prince l’abordant, des questions plein la tête.

Peut-être faudrait-il demander aux auteurs de Lettropolis de nous raconter quelque anecdote manifestant ce travail intime de la pensée en quête de toujours plus de justesse… C’est une bonne idée, non ?!

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