
LETTROPOLIS publie son dix-huitième OLNI® : Les Bruyères rouges de Michel JACOB.
C’est un texte qui oscille entre le roman, le récit et la biographie, et cette incertitude littéraire en fait tout le charme, car la vérité s’y dévoile et cela se sent. Bien sûr, nous aurions peine à imposer sans restriction ce point de vue à un historien de métier. Mais nous ne doutons pas que ce dit historien ne saurait cependant se passer d’un témoignage pareil. Car la réalité vue par les yeux d’un enfant, est parfois plus riche que son équivalent stérilisé par la rigueur d’un scientifique. Cela est tellement vrai que les témoignages vécus forment la base d’une connaissance charnelle qui parle aux successeurs, mieux que l’aridité de travaux universitaires.
Toutefois, ce n’est pas ce point que je voudrais développer ici, et la seule approche historique (à ce sens restreint) est la photo de couverture, document personnel de l’auteur pris à l’époque en question. Je préfère m’en tenir à la saveur du texte, dont l’auteur affirme qu’il survit dans le cadre des souvenirs de l’enfance, avec toute l’incertitude posée par les années passées.
Mais justement, sa richesse est là, dans cette fraîcheur toute particulière par laquelle les galopins avouent à un officier allemand qu’ils ont cassé les isolants électriques par jeu… en marchant en bande sur le chemin de l’école, plusieurs kilomètres (un supplice qu’aucune mère d’aujourd’hui ne tolérerait pour ses petits chéris). Fraîcheur aussi que l’épisode du bois dans le puits, et des remords qui s’ensuivent, fraîcheur encore que le vol du vélo, que la course de la Gigolette. Fraîcheur mais aussi rudesse des temps, et pas seulement parce que les Allemands sont là, car sortir ses enfants de la misère était déjà le moteur affectif du père, braconnant à la nuit, usant ses reins aux récoltes, aux lourds travaux de bûcheronnage. Rudesse des temps, d’un garde poussé par une haine trouble, peut-être simplement bête, si tant est que la bêtise soit toujours aussi simple. Rudesse encore, et mort aussi, pour avoir voulu berner l’occupant, et sans même vouloir parader, avec comme seule force l’idée confuse mais affermie de la liberté, du respect de soi.
Les Bruyères rouges est un beau texte, grandi par sa simplicité même, par le regard vrai, retenu, jamais larmoyant, qu’il pose sur une époque qu’il faudrait ne jamais oublier. Je ne parle pas sous la contrainte de la langue de bois du politiquement correct, mais sous l’angle beaucoup plus riche, et encore plus nécessaire du respect dû à une belle idée de la vie, conduite dans une époque où les beaux sentiments poussaient aux belles actions, tout simplement, sans forfanterie, et surtout sans engendrer de moquerie. Une époque où, chez les plus simples, accomplir son devoir était la chose la plus naturelle du monde, où l’on savait rire dans la vie, sans rire de la vie.
En ce sens, les Bruyères rouges est un grand texte. Je n’hésite pas à le classer dans la lignée des belles références de ce style telles que La Guerre des Boutons de Louis Pergaud, ou La Vie d’un Simple, d’Émile Guillaumin. J’exagère ? Lisez-le. Vous m’en direz des nouvelles…
Avec les compliments de Lettropolis : l’édition numérique de livres numériques appelés OLNIs®