
Ainsi s’intitule la nouvelle publiée ce jour sur LETTROPOLIS. Nous aurions pu la classer dans les raccourcis de la pensée, au passage des apologues.
En effet, à sa façon, et par ses origines, La petite Chiffe rouge évoquera un conte bien connu de notre enfance. Il suffira de tirer la chevillette de nos mémoires et la bobinette de l’histoire cherra.
Mais la version que nous en présente Lisca est bien actuelle. Car, dans notre monde où les loups ont perdu de leur superbe et où les grand-mères ne se rappellent à nous que par temps de canicule ou de fête commerciale, le fameux chaperon participe de la crainte des organismes génétiquement modifiés. En effet, que peut avoir de commun cette Nitoush, avec la petite porteuse de galette de notre enfance? Comment accueillir “ce drôle de paquet tombé d’un tapis volant tout mité ou peut-être d’un nuage effiloché arrivé du trou d’ozone?” Comment réagir en voyant que “le colis était un moutard, que dis-je, une moutarde au teint idem et aux petits yeux en tête de clou rouillé.”?
Il suffit d’un grain de sable pour bloquer les machines, dit-on. Mais il peut aussi arriver que les machines, et spécifiquement les machines sociales soient plus ensablées qu’elles ne le croient, qu’elles aient laissé pénétrer des oiseaux de mauvais augures, et que ceux-ci prennent la direction des opérations.
Avec ce texte, Lisca rejoint les écrits des grands témoins qui sont aussi les grands prophètes. Je pense en particulier à la Ferme des Animaux de George Orwell (1945) qui voulait s’élever, non seulement contre une forme historique de totalitarisme, mais essentiellement contre tous ses avatars.
L’écriture de Lisca est inventive, pugnace, forte en images. Elle sait nous plonger dans les dérives malignes de l’esprit voué à ses pulsions perverses, et dans l’étrange soumission par laquelle certains se livrent corps et âmes à son pouvoir. Elle touche ainsi au grand mystère du pouvoir de quelques-uns sur les groupes dont les siècles, y compris les nôtres, ne manquent pas d’exemples.
Nous aimerions croire qu’une bonne machine à laver nous délivrerait de cette petite chiffe rouge sang. Hélas, la machine à laver les esprits de leur perversité n’est pas d’actualité. Encore que, comme dit Lisca : “la suite n’est pas encore écrite”.
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