Non, le blog de Lettropolis ne se transforme pas en chronique du noble art de la boxe, mais il explore la littérature.
C’est pourquoi, notre lecteur du jour s’appelle – s’appelait – Marcel Cerdan. Le « bombardier marocain » dont les exploits restent dans bien des mémoires (la mienne aussi) brillait davantage sur les rings et terrains de foot-ball que dans les salons littéraires. Mais, alors, pourquoi l’inviter ici ?
C’est que cet homme plus que généreux (autant dans sa vie professionnelle que dans sa vie privée) venait d’un milieu social où les livres tenaient peu de place. Mais le succès aidant, les rencontres se succédant dans son nouveau cercle de relations, il en vint à éprouver un certain embarras.
Il est temps que je laisse la parole à sa femme Marinette, qui a éclairé cet aspect inhabituel du personnage dans ses souvenirs (Cerdan l’homme, éditions Solar, 1969) :
« J’avais noté des changements imperceptibles dans son comportement, son maintien. Il restait toujours le même homme simple, affable, mais je saisissais qu’au contact du nouveau milieu qu’il fréquentait, il ambitionnait de devenir un autre homme… Il parlait toujours le même langage, mais il était incontestable qu’il voulait s’élever. J’en avais la preuve dans le choix de ses lectures. Il était passé du Film complet à Cronin. Les Clés du Royaume, La Citadelle étaient ses romans préférés. Après son troisième séjour aux USA je trouvai dans sa valise, Dans un combat douteux de Steinbeck et Via Mala de Knittel. Et, oh stupeur ! Récits de Gide…
Il lut l’étonnement sur mon visage, et, du geste qui lui était familier, entourant mes épaules de son bras puissant, me dit avec un sourire grave :
– Tu devrais lire ça, ma poule, c’est passionnant !
– Les Récits de Gide ?
– Non. Ceux-là, j’avoue qu’il faut avoir un drôle d’estomac pour les digérer. Je veux parler de Via Mala
Et comme je le regardais, surprise, perplexe, il crut devoir s’expliquer :
– Ne t’es-tu jamais sentie gênée, très gênée, Marinette, de chercher les mots qui conviennent pour répondre aux gens et ne pas les trouver ?
Il observa un moment de silence, puis il poursuivit : « Moi, ça m’est arrivé, et j’ai trouvé cela très embarrassant, alors… »
Alors, nous aussi, avec Lettropolis, mettons KO l’adversaire insidieux : l’ignorance des lettres !
Avec les compliments de Lettropolis : l’édition numérique de livres numériques appelés OLNIs®
