DE LA BEAUTÉ DES PORTIQUES

Dans son dernier article, Christine Henniqueau-Mary traite de la beauté poétique passant de Baudelaire à un élève, au risque de son professeur.

Dans la mesure où sa relation professionnelle à l’élève la contraint à un certain devoir de réserve, dans la mesure où elle a accentué son discours sur l’essentiel, et dans la mesure où je ne suis tenu à aucune de ces limitations, il me paraît fondamental de proposer mes lignes, à partir de ce cas concret.

Certes les mots peuvent transposer la réalité, lorsqu’ils sont portés par des forces comme l’imagination, ou le délire. Ils le peuvent, d’ailleurs, dans tous les sens, dans toutes les directions. Ils peuvent aussi « imager » la réalité la plus sordide. N’en doutons pas, Baudelaire aurait pu écrire :

J’ai longtemps uriné en des flaques à moustiques
Que les salaces murins troublaient de mille jeux
Et que leurs grands pissats, droits et majestueux
Rendaient pareils le soir aux crottes méphitiques

Mais il ne l’a pas écrit ! Il a magnifié ensemble la beauté et le souvenir. Point barre !… Pour reprendre une expression à la mode. Évidemment, cela gêne aux entournures une lecture misérabiliste, orientée vers des propos que Baudelaire n’a jamais tenus. En quelque sorte, il ne m’étonnerait pas qu’il s’agisse, dans les leçons de littérature de ce professeur, de faire voter Baudelaire selon des convictions de valeurs étrangères à la beauté poétique.

À qui m’objecterait que j’exagère, je demanderais de m’en apporter la preuve, et si possible aussi indubitable de celle que je présente ici, concernant la lecture tronquée par ce professeur.

Mais une lecture tronquée, si elle n’est pas forcément fausse, n’en est pas moins faussée. C’est le sens de la fameuse formule des prétoires : «  la vérité, toute la vérité… »

Alors, quant à savoir quel pourcentage de transposition de la réalité immédiate par l’art Baudelaire a introduit en ses « vastes portiques » je laisse cela à qui saura sonder les reins et les cœurs. Mais quant à la beauté léguée, à l’héritage reçu par le jeune Bastien, sans bénéfice d’inventaire professoral, voilà qui nous importe davantage. Nous avons quelque chose en commun. Nous touchons à un essentiel de culture, nous pouvons nous comprendre.

Avec les compliments de Lettropolis : l’édition numérique de livres numériques appelés OLNIs®

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