
ÎLE MAURICE
RETOUR DE MAURICE
Je vous avais prévenus : revenant de Maurice, ce Paradis terrestre, je n’aurais pas pu garder pour moi l’éblouissement que m’a offert cette île de rêve. Voici donc, comme promis, une brochure touristique sur l’Île Maurice. Comme notre santé est sûrement affectée par le spectacle que donne la sinistre bouffonnerie qu’est la politique française ces temps derniers, un rayon de soleil ne peut que faire du bien.
Ah bien sûr ! Comme on n’a rien sans rien, le voyage est long, mais la lassitude est vite oubliée, tant le dépaysement est assuré… et dans le sens espéré. Tout est vert, les champs de canne à sucre s’étendent à l’infini, drus, denses, impénétrables, mais soulignés et comme mis en scène par des arbres gigantesques, des fleurs multicolores, des tamarins (ou dit aussi tamariniers ou filaos) plutôt dans le nord de l’île, et des bananiers et des arbres du voyageur vers le sud (cette pseudo-norme étant très relative.). Les reliefs sont variés, souvent puissants : les volcans sont éteints mais encore jeunes, et ils éveillent l’imagination avec leurs formations inattendues, comme ce petit rocher tout rond qui est posé en équilibre depuis des siècles sur le piton le plus élevé de l’île : il est si drôle qu’on se prend à lui sourire !
Et puis… la mer ! Bordée de sable très blanc et si doux sous les pieds (ô surprise : il ne colle pas à la peau ! Qu’il est gentil !), elle est partout, mais jamais la même : les lagunes délimitées par la barrière de corail choisissent pour vous séduire les couleurs les plus tendres, du blanc translucide au bleu cians ou aigue-marine et du vert-absinthe à l’opaline ou au “pers” inattendu… que souligne le ressac céruléen, qui rugit derrière la barrière… Comme semés au hasard sur les grèves blondes, de noirs rochers de lave rude soulignent la clarté des sables qui les sertissent et les mettent en valeur. Mais comme tout, ici, veut concourir à la plus grande beauté, ils offrent, dès qu’ils sont dans l’eau, un cadre somptueux à des foules de poissons improbables… sauf aux requins que la barrière de corail tient à distance : ils ont appris que, de “notre” côté de cette muraille puissante, l’écosystème ne leur est plus favorable, et ils ont inscrit dans leurs gènes de s’arrêter là où on est si heureux sans eux… puisqu’ils ne trouveront rien qui arrive à satisfaire leur gloutonnerie.
Après les terres et la mer… les gens. Très rassemblés derrière leur drapeau fait de bandes horizontales dont chacune représente une des religions pratiquées sur l’île (le touriste français se prend à rêver devant une telle ouverture d’esprit !), les hindous majoritaires, les catholiques, quelques protestants, les musulmans, mais aussi les bouddhistes et les tamouls se côtoient et se croisent, en cherchant à se gêner le moins possible : la jolie petite cloche du curé commence à tintinnabuler au moment où le muezzin de la mosquée qui jouxte l’église a terminé ses appels aux cinq prières… qu’il calcule lui-même en fonction des rites du ou des voisin(s)…
À part les musulmans qui ne peuvent évidemment prier qu’en arabe, puisque c’est la langue que parle Allah (tout le monde sait ça !), tout ce petit monde prie et chante en créole mauricien, ce vieux français trituré et concassé à en devenir émouvant… J’ai adoré, le dimanche, les entendre prier si intensément “Bondié” et “Zézu vré zom” (le bon Dieu et Jésus vrai homme), car ils tiennent à “gard lamp alime” (‘’garder la lampe allumée’’, bien sûr). Il faut dire que, à côté de cette langue vraiment “vernaculaire”, ils parlent un français et un anglais “véhiculaires” parfaits, maîtrise rythmée par l’égalité parfaite entre ces deux enseignements. Mais le français reste de loin “la” langue préférée, à cause de sa proximité avec le créole.
Toutes ces races, si fières d’être “ouzot” (= “nous autres”… par différence non-hostile avec “zot” (les autres, dits “ban-la”… pour “ces bandes-là” ! C’est joli, non ?) partagent une gentillesse innée : ils sont serviables, souriants, “sympa”, aimables, généreux (où, ailleurs, refuse-t-on un pourboire ?), travailleurs et aimant le travail bien fait. Le visiteur français s’étonne, surpris : ici, on bosse en souriant, on en rajoute un coup, on ne râle pas, l’administration est légère, peu normative et pas répressive : du coup, tout marche, et les gens sourient . On ne s’en lasse pas… et on déplore sincèrement, une fois revenus, qu’il n’en soit pas de même partout !
RETOUR DE MAURICE (SUITE)
Si, pour notre malheur, les socialistes devaient gagner, en 2017 (ce qu’à Dieu ne plaise, mais un accident est si vite arrivé !), on pourrait s’y donner rendez-vous, amis lecteurs, pour nous mettre à l’abri : fuir l’enfer (fiscal, “mais pas que”) pour un vrai Paradis (pas que fiscal, lui) me semble être une merveilleuse perspective !
Claude Henrion est l’auteur de :
