À PROPOS DE SOUMISSION

SOUMISSION DE HOUELLEBECQ : UN LIEN ENTRE NIETZSCHE ET ISLAM

Je viens de lire Soumission de Michel Houellebecq. Pour comprendre l’islam de l’intérieur et le comprendre du point de vue de gens intelligents et cultivés, tentés par ce programme, le livre vaut la peine d’être lu. C’est l’idéologie du système politico-religieux qu’est l’islam que l’on se surprend à découvrir sous un angle inattendu. Pourquoi des intellectuels universitaires du XXIe siècle seront-ils finalement prêts à passer le Rubicon ? Voilà la question que pose le roman de Michel Houellebecq. La réponse est simple : l’islam est un nietzschéisme — un nietzschéisme intégrant Dieu, certes, un nietzschéisme dévoyé donc, mais qu’importe, puisque l’islam garde du nietzschéisme ce que la plupart des intellectuels universitaires en ont aimé et qui les a ravis depuis l’origine : le mépris du christianisme et la foi dans la force. Le mépris du christianisme dont il est la pierre d’angle est remarquablement étudié : le christianisme est la religion des faibles, religion des perdants, des minables, avec ce Christ piteux et pitoyable, qui naît dans une étable et met en garde ses adeptes, une bande de mendigots, contre « l’argent trompeur ». Oh ! Le piètre christianisme qui affiche le mépris des richesses (alors qu’en islam, elles sont le signe d’une bénédiction divine). Oh, le piètre christianisme qui déprécie le monde, son pouvoir et ses trésors (Satan n’en est-il pas « le prince » à en croire ce Jésus ? alors que l’islam s’empare de tout ce à quoi Jésus tourne le dos). C’est bien le christianisme qui a perdu l’Occident ! Au fil des siècles, l’Europe christianisée s’est abâtardie, c’est le christianisme et ses idées devenues complètement folles, qui ont peu à peu dégénéré en Droits de l’Homme et en tous ses avatars laïques décadents.

ISLAM : SIMPLE ET FORT

L’islam, au contraire, c’est une croyance simple et forte, la croyance des gagnants et des purs ! Alors quelle tentation ! Cette petite musique, les intellectuels baignés de nietzschéisme la connaissent bien. Qui, dans son cursus, a pu échapper à ce poète philosophe, Nietzsche, ce fils de pasteur, qui nous a rendus, sur les bancs du lycée, le christianisme ô combien délicieusement méprisable ? L’un des personnages universitaires — l’une des plus belles réussites du livre — un certain Rediger, président de la Sorbonne qui s’est converti à l’islam, exalte le Coran qu’il hisse au rang de poème cosmique ! et, parallèlement, déprécie le caractère débilitant de tout ce qui porte la marque de la Croix, faible et de mauvais goût (quoi ! mourir sur une croix pour l’humanité ? Quoi ! pardonner à la femme adultère ?). Le christianisme suppose une foi compliquée, irrémédiablement invraisemblable (l’Eucharistie ! la Résurrection !), comparée à l’islam, la sim-pli-ci-té, vous dis-je !

La soumission est, en effet, le reflet de l’ordre du monde, et c’est très simple, l’islam : que le meilleur gagne, « Périssent les ratés et les faibles » disait si bien Nietzsche ! Et, par conséquent, s’inspirant des lois de la sélection naturelle, il s’agit de se reproduire entre personnes « fortes » : et plus vous êtes un mâle dominant, plus vous avez de femmes… Être un mâle dominant, que l’on se rassure, ce n’est pas doser sa testostérone, c’est avoir une certaine position sociale. L’islam est fait pour rendre heureux les forts et ceux qui veulent être heureux n’ont qu’à être forts ! Pour un musulman intelligent et cultivé — cela existe…– le christianisme déprécie trop le monde, jette sur les richesses un regard trop suspect, défiant et réprobateur; en somme, le christianisme n’aime pas le monde ! Là réside la grande différence avec l’islam! L’islam est facile et simple. C’est pourquoi il sera conquérant.

ARGUMENTATION

Michel Houellebecq trace — de l’intérieur — un portrait de l’islam terriblement intelligent, voire rusé : il nous le montre à travers les yeux des gens « évolués » ; nous entrons dans leur argumentation, loin d’être obscurantiste. C’est le même enthousiasme que voici quelques années pour le marxisme, le communisme, le maoïsme, et j’en passe… Hic ! L’islam n’est pas un ISME. Une fois qu’on y entre, peut-on en sortir ? On ne peut s’empêcher de se poser la question… Mais, que l’on se rassure, Rediger continue à boire de l’alcool. L’islam compte aussi ses Tartuffes. Le lecteur comprend entre les lignes que le héros narrateur, de son côté, fait ce choix par pur opportunisme…

Le roman de Houellebecq m’a, quant à moi, renforcé dans l’idée que l’islam est bien à l’origine, comme cela a déjà été maintes fois écrit, un antichristianisme. L’islam est né du refus de la divinité du Christ. Tout se joue sur l’Incarnation. Telle est pourtant l’énorme révolution culturelle du christianisme et son originalité fondamentale, inimitable, son apport extraordinaire pour la civilisation occidentale qui a néanmoins renié ses racines, son héritage, sa beauté et sa valeur. La haine de ce mystère est la pierre d’achoppement de l’islam. L’islam ne se remettra jamais que Dieu se soit fait Homme et que cet Homme ait été fort en étant faible. L’Islam n’est point paradoxal pour trois dinars. L’islam est limpide et simple. Les paradoxes ne sont pas faits pour lui. Il est fort, un point c’est tout. Il n’est que fort.

AMOUR ET ÉLITES

Houellebecq n’a pas écrit un livre haineux, comme je l’ai lu dans la presse de gauche (Laurent Joffrin, ce flic de la pensée) ; non, c’est plutôt un livre cynique. Ce livre aide à comprendre en quoi un système politico-religieux ténébreux représente une tentation irrésistible pour nos contemporains exsangues qui n’ont plus goût en l’absurde et que ni le matérialisme ni le sexe à tout crin ne divertit plus. Le héros accepte de se soumettre, bien qu’étant athée, parce qu’il trouve à ce système des avantages inattendus: la foi en un Dieu créateur inconnaissable (qui vous fiche une paix royale), la confiance en l’argent, l’exaltation pour le pouvoir intellectuel et, surtout, la promesse en la possession d’au moins trois femmes qui seront une consolation pour vous, dévoré par l’ontologique solitude humaine… La conversion à l’islam est une formalité des moins embarrassantes… Elle consiste en une simple déclaration à la Grande Mosquée de Paris: il n’est point besoin de poursuivre un catéchuménat de deux ans, comme chez les catholiques qui ne distribuent le baptême qu’au compte-goutte ! Pauvres catholiques qui n’ont rien compris, totalement hors-jeu, pauvres naïfs ! Ils sont bel et bien condamnés ! Des sous-hommes ! Comme le héros du roman de Houellebecq n’exclut pas, après tout, l’existence de Dieu, puisqu’autour de lui, des gens intelligents y croient, (qu’en sait-il au juste, des génies y ont cru : Pascal, Newton, Einstein ?), il se dit que ce qui doit emporter sa décision, c’est l’organisation sociale qui découle de l’islam: il fera partie de l’élite, sera bien payé, aura des femmes au fond de son lit pour le rassurer sur le vide existentiel et comme l’Amour n’existe pas, il n’y a pas à hésiter !… (L’Amour, rappelons-le, est une invention chrétienne ! Il n’y a donc aucune raison de se marier par amour.) Bien sûr, les femmes ne travaillent plus et seront bientôt fixées à leurs taches ancillaires… Mais, rassurez-vous, Mesdames, vos filles, vos petites-filles l’admettront vite, l’école s’y emploiera (c’est une question d’une génération) parfaitement…

Il faut lire ce livre sans concession. Si l’islam s’impose, ce pourrait être sans trop de résistance de la part de nos élites, car, n’en doutons pas, elles y trouveront leur compte.

C’est affreux, je sais… mais, l’ironie mise à part, cela semble de plus en plus réaliste.

Délicieuse lecture…

 Christophe Biotteau est auteur, entre autres, de :

L'Insoutenable Assomption de la reine bouffonne

L’Insoutenable Assomption de la reine bouffonne

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