Le 5 mars dernier était projeté à l’école militaire le film Harkis, histoire d’un abandon, réalisé par Marcela Feraru. Des personnages prestigieux y assistaient et s’exprimèrent devant une salle pleine. Parmi ceux-ci, Mme Jeannette Bougrab, secrétaire d’État à la Jeunesse. Pour qui s’intéresse à l’histoire de France contemporaine, il s’agissait là d’un documentaire nécessaire.
Mais compte tenu de ce caractère semi-récent, l’émotion était palpable, particulièrement celle de Mme Bougrab, en l’honneur de son père, lui-même témoin et acteur de cette période plus que troublée. Son évocation fut digne, précise, argumentée, émouvante sans être larmoyante, presque parfaite.
Pourquoi presque ? Parce que, comme elle le précisa d’entrée, elle débuta par un « Mesdames, Messieurs… » en précisant qu’elle ne pouvait pas dire « Mesdemoiselles » car le décret d’application était paru !
Je n’ai pas perçu trace d’ironie ou de quelconque autre sentiment lors de cette précision « légale ». S’il y en avait, c’est que je me serais trompé, auquel cas mes excuses sont déjà présentées.
Mais quoi qu’il en soit, comment qualifier le fossé qui sépare des anciens combattants risquant leur vie – et dans quelles conditions – pour que subsiste cette fameuse « idée de la France », et le bafouillage de cette législature ne trouvant rien de plus urgent, face aux problèmes géants qu’affronte le pays, que de censurer des références de civilité.
Car, s’agissant de simplifier des formulaires administratifs, il suffisait de supprimer toutes les formules de civilité (Monsieur, Madame, Mademoiselle) et de s’en tenir au sexe. Pourquoi pas ? Certains prénoms androgynes ou peu démonstratifs en forment l’argument.
Mais pousser le vice jusqu’à ce qu’un personnage officiel soit censuré dans ses discours, cela n’est que dictature linguistique, abus de quelques hurluberlus de tous sexes propulsés dans les sphères du pouvoir, s’arrogeant le droit d’anesthésier la langue française. Oui, quel fossé…
Notre position est fondée sur la célébration de la langue française. Le mot « mademoiselle » ne fait en rien démériter les jeunes femmes qui souhaitent le valoriser et s’en trouve ainsi distinguées.
Citons Littré : « Dans le langage commun, on dit votre demoiselle pour votre fille : Comment va votre demoiselle ? Mais cela n’est pas du bon usage ; avec le mot demoiselle, comme avec les mots dame et sieur, il n’est pas de bon ton d’employer les adjectifs possessifs de la deuxième et de la troisième personne. On demande : Comment se porte mademoiselle, et non pas votre demoiselle, ou sa demoiselle. De même on dit comment se porte madame, et non votre dame. »
Suranné ? Pas certain. Respectueux ? Sûrement.
Si l’on veut que les questions plus fondamentales soient résolues (question des salaires, mais aussi des comportements etc.) il y a du pain sur d’autres planches.
Mais l’essence de toute dictature, totalitaire ou partielle, est de faire perdre du sens aux mots et aux idées qu’ils véhiculent. Nous devons y réfléchir, tous, hommes et femmes, dames, demoiselles, sans oublier les damoiseaux (ou damoisels). Ne résistons pas au plaisir, ici, de damer le pion à quelques champions de la parité unilatérale, comme nous y autorise notre trésor national, notre langue.
Un commentaire pour D’UN COMBAT L’AUTRE, MADEMOISELLE