De tous temps, en toutes cultures il est des journées des fous, marquées par l’inversion des rôles, des statuts, et autres signes de reconnaissance. Rappelons-nous les débuts de Notre-Dame de Paris, de Victor Hugo avec l’élection de Quasimodo, pensons à tous les carnavals, et, maintenant, en temps de carême, à toutes ces têtes folles qui, profitant d’une journée « de la femme » se mettent à tournebouler la grammaire.
Ainsi, il faudrait modifier les règles d’accords des adjectifs lorsqu’ils qualifient des substantifs des deux genres. Et tambours médiatiques de battre en cadence, et journalistes trop sérieux de relancer sans savoir, sans même oser rire. Pensez donc, Racine en aurait usé de la même manière, et cela était la règle, avant… Avant… Ah ! L’argument péremptoire… Ah ! La preuve irréfutable…
Ah ! La triste désinformation, surtout.
Alors, puisqu’ il est question d’avant, de Racine et autres affirmations péremptoires, je conseille la lecture des Remarques de grammaire sur Racine par l’abbé d’Olivet, de l’Académie française, (parution en 1738).
On y notera bien des remarques de bon sens, des signes évidents de modifications par rapport à notre usage contemporain, mais je ne résiste pas au plaisir de recopier deux citations
Voici la première, sous la plume du brave abbé :
« À la vérité, l’usage depuis deux siècles a introduit plusieurs changements, dont plusieurs ne valent peut-être pas ce qu’ils nous ont fait perdre. Mais que la raison ou le caprice les ait dictés, ils n’en font pas moins une loi pour nous, du moment que l’usage nous condamne à les recevoir. »
Il évoque ici les finales des verbes selon le sujet, mais surtout, remarquez bien ce « dictés » qui renvoie à raison et à caprice, un féminin et un masculin, puisqu’il faut enfoncer le clou.
Mais puisque nous parlons de Racine, retour à l’intéressé dans Mithridate, Acte I, scène I, vers 64
« Elle trahit mon père et rendit au Romains
La place et les trésors confiés en ses mains.»
Dois-je insister sur ce « confiés » manifestement de forme masculine, qui renvoie ici à « place » et « trésors » de genres différents.
D’autres exemples se trouvent dans l’œuvre de Racine, mais l’intérêt de celui-ci est d’être cité et validé par un grammairien de l’Académie française.
Alors, puisqu’il faut, par ces temps bientôt carnavalesques, prendre les élucubrations pour ce qu’elles valent (et elles le valent bien), plutôt que de dire « À la niche ! », laissons répondre Molière, quelque peu ajusté par nos soins, à partir de la tirade de Clitandre, dans Les Femmes savantes :
Mon cœur n’a jamais pu, tant il est né sincère,
Même dans son intérêt flatter leurs maigres derrières,
Et les femmes docteurs ne sont point de mon goût,
Qui en fausse grammaire féminisent partout.
Car voici par ces oies-ci de nouveaux propos
Destinés à tout prix à pousser leurs popos.
Que de nouveaux accords, dits de proximité
Satisfassent le besoin d’asseoir leur féminité,
Que chaque jour elles inventent un nouveau bidule
Les rend toujours moins précieuses et plus ridicules.
Et leurs cacarderies quand elles posent leurs œufs
Est plutôt attristant, si elles singeaient Yseult.
Allons mesdames oiselles, cessez ces vains combats
Nous en avons bien d’autres qui veulent meilleur débat
Notre grammaire quoi qu’on dise, est bien démocrate ;
Ne l’affadissons point par esprit clitocrate.
Un commentaire pour NOS FEMMES SAVANTES