L’historien Philippe Prévost a confié à Lettropolis
le soin de publier sur internet son texte sur
La Condamnation de l’Action française. (1926-1939).
Le sous-titre en est
« Autopsie d’une crise politico-religieuse »
ce qui traduit le souci de vérité de l’historien, mais laisserait à penser, à tort, qu’il s’agit là d’une chose morte.
Il n’en est rien, car l’Histoire mérite d’être périodiquement revue (les archives qu’il a pu étudier n’ont été ouvertes que depuis 2006). Bien plus, c’est un monde d’intrigues, de faux pas, qui se dévoile ici, comme le scénario d’un roman de politique-fiction où le spectateur attend fébrilement que le héros sauve la planète.
Malheureusement, la planète n’a pas été sauvée. La deuxième guerre mondiale a eu lieu, malgré les mises en garde, les avis, les regards lucides de ceux qui refusaient le pacifisme aveugle ou, pire encore, une germanophilie intéressée. Et c’est ici que cette condamnation vaticane dépasse le « simple » conflit de conscience (exista-t-il seulement?) pour atteindre les niveaux exécrables de la mauvaise foi (sans aucun jeu de mots) et leurs terribles conséquences (la course à la guerre).
L’ouvrage de Philippe Prévost mérite donc, non pas une, mais des lectures, par sa double importance quantitative (plus de 1200 pages, et autant de notes) mais aussi qualitative (il ouvrira l’esprit de ceux qui voudront bien posséder quelques vues complémentaires sur la terrible réalité de la géopolitique et des ses implications en politique intérieure, voire en débats “spirituels”).
En ce sens, il nous permet de comprendre comment les meilleures des bonnes volontés, ou les plus acérées des intelligences peuvent être laminées par les plus obstinées, les plus orgueilleuses des autorités en place, ces dernières fussent-elles – théoriquement du moins – les plus proches d’un idéal transcendant.
Encore une autre lecture, une autre réflexion que nous offre Philippe Prévost, lorsque, passant outre à l’obligatoire appareil de l’historien, nous verrons se dresser les fantômes des personnages qui se sont abîmés dans les prémices du grand naufrage du siècle précédent.
LA CONDAMNATION DE L’ACTION FRANÇAISE
Philippe Prévost
1252 pages
4,85 €

