Je lisais hier une interview d’une jeune femme écrivain, à l’occasion de la publication de son dernier roman. Cette question lui était posée : quel est le livre qui vous a donné envie d`écrire ?
Cette question à un écrivain semble un peu conventionnelle, de celles qu’on lui pose pour connaître le lieu, l’heure, les conditions d’isolement ou non favorables à son travail et son inspiration. Mais en réalité, l’interroger sur l’œuvre dont la lecture comme par magie crée son désir d’écrire ou inspire sa propre écriture est loin d’être insignifiant et anodin. Elle implique l’existence des affinités d’imaginaire, de vision du monde et des êtres, de langue même, qui nouent instantanément un lien indéfectible entre deux individus, entre un auteur si présent dans son texte et un lecteur si présent à ce même texte. Une reconnaissance s’opère, qui est à la fois reconnaissance de l’autre, et reconnaissance de soi par l’autre. Ce n’est jamais sans un profond étonnement que l’on a le sentiment de se lire en lisant un autre. De se comprendre en comprenant un autre. Le désir d’écrire peut alors prendre tout son sens, car il s’agit de perpétuer l’écho qui, le temps de la lecture, a résonné en nous, de prolonger, par le temps de l’écriture, ses effets en nous, tout en lui donnant de nouvelles variations.
Pourtant il n’est pas si facile de répondre à une telle question. Sauf si l’on se souvient d’une expérience très précise. Et ce souvenir est une sorte de privilège, car il devient possible alors d’éclairer l’émergence de notre envie d’écrire, ce qui intéresse toujours notre besoin « d’y voir plus clair » avec ce choix de vie ! Admettons quand même sans crainte que les origines de l’écriture nous échappent toujours, mais ne nous privons pas de cette question : quel est le livre, quel est l’auteur, quel est l’univers littéraire qui a éveillé en moi, plus que le désir, l’impératif de l’écriture ?
Je dirais volontiers que le livre qui fit naître ma propre envie d’écrire fut le recueil de nouvelles de Marguerite Yourcenar intitulé Feux :reprenant des personnages légendaires, comme Antigone, Phèdre ou encore Marie-Madeleine, M. Yourcenar évoque le désir, la passion de l’amour, de quelque nature qu’ils soient, du plus humble au plus mystique, comme la trace du sacré en nous, la nécessité de faire jaillir dans nos vies cette source pour qu’elles soient passionnantes. Si le travail de l’écriture peut rendre compte de cette sagesse-là et la célébrer, alors écrire sera un mode de vie passionnant!
Vous qui me lisez et peut-être écrivez, sauriez-vous identifier le livre qui a fait naître votre envie d’écrire ? Vous ne savez pas immédiatement la réponse ? Qu’importe ! La chercher est déjà… passionnant !