TRAVAIL D’AUTEUR

L’écriture est une étrange activité qui partage avec bien d’autres phénomènes deux caractéristiques d’apparence contradictoire : un mouvement d’introspection, de repli sur soi-même, et un mouvement opposé d’expansion, de publication. Pour aller vite, disons que l’écriture est au cœur de la vie intellectuelle, et si j’emploie ce terme dans son sens anatomique, c’est pour mieux marquer les liens organiques, calqués sur les mouvements de diastole et de systole, à savoir, les phases alternées de réception du sang dans les cavités cardiaques, puis d’expulsion pour l’irrigation du corps dans son ensemble.

Sans cette dynamique, la mort cardiaque est bien vite au rendez-vous. Parallèlement, l’auteur qui ne s’astreint pas à entretenir une dynamique équivalente pour son œuvre court le risque de la voir dépérir dans le milieu où elle devrait se développer.

En effet, une œuvre, qui débute par une gestation plus ou moins longue, qui mobilise les forces intellectuelles de son créateur (osons le mot) et qui donne naissance à une publication, mérite d’être entourée des soins nécessaires à son développement. À notre sens, l’auteur en est le responsable fondamental, soutenu par les aides adéquates.

Lettropolis fait le pari de la lecture active, vers laquelle concourent de nombreux facteurs : citons nos choix éditoriaux multiples, notre rejet de la facilité et des modes. Mais surtout, Lettropolis accompagne le lecteur par le contenu de son blog qui veut éviter les coups d’encensoir systématiques des textes publiés pour valoriser la réflexion qui s’impose à leur découverte, à leur lecture, à leur relecture.

Lorsque nous achetons un objet usuel, le plus simple soit-il, il doit être accompagné d’un mode d’emploi. Passons sur la qualité généralement défaillante de ces fascicules pour n’en retenir que l’intention : expliquer pour mieux comprendre et mieux utiliser, faire connaître.

Or, combien de fois, n’aimerions-nous pas mieux comprendre la cuisine littéraire de nos auteurs ? Cela passe par leur approche de la lecture, par leur décision de se mettre à écrire, par leur regard sur le monde littéraire, sur les transformations de l’édition, mais aussi par la facture de leur texte. Pourquoi avoir choisi ce sujet, cette façon de le traiter, la nouvelle plutôt que l’apologue, la forme dialoguée pseudo théâtrale plutôt que le roman ? Utilisez-vous un dictionnaire ? Lequel ? Comment faites-vous pour retenir un synonyme plutôt qu’un autre ? Aimeriez-vous recevoir des commentaires sur votre œuvre ? Accepteriez-vous d’y répondre ? Quel événement de votre vie avez-vous incorporé dans ce texte ? Lisez-vous de la poésie ? Préférez-vous l’alexandrin ou le vers libre ? Pour qui ou pour quoi écrivez-vous ? Etc.

Ces questions, ou d’autres, font partie de la relation initiale que nous souhaitons partager lorsqu’un auteur se découvre à nous. L’emploi de cet adjectif « initial » en mon esprit, ne se réduit pas à son sens banalisé d’un quelconque début, mais bien à un partage d’initiation, de concordance des pensées.

Or, il faut bien le reconnaître, si, avec certains, le dialogue se poursuit, fructueux et sympathique, les colonnes de notre blog ne sont pas encombrées de leurs chroniques littéraires.

Bien que Lettropolis axe ses choix sur l’intérêt et la qualité du texte, avec la volonté bien arrêtée de les offrir à un lecteur indépendant, soucieux d’humanisme et d’appropriation littéraire personnalisée, vient un temps, où l’auteur, doit être connu pour qu’un certain capital de sympathie rejaillisse sur son œuvre.

Il s’agit bien sûr d’éviter le vedettariat professionnel par lequel le système médiatique propulse certains personnages sur les tréteaux d’une renommée dévoyée. Mais, éviter ce piège ne justifie en aucune façon de tomber dans son opposé, le silence stérilisant, le « tout est écrit » quelque peu funéraire.

Écrire sur un ordinateur modifie profondément la structure du traditionnel brouillon. Sauf à utiliser l’outil « versions » (ce que peu de gens font), les regrets, repentirs et autres modifications se perdent dans l’infini possible des enregistrements. Ils partent dans les oubliettes numériques, les brouillons par lesquels le travail de l’auteur disparu revit devant le lecteur, avec ses doutes, ses affirmations, ses lancées ou ses hésitations, ses hiéroglyphes ou ses dessins d’accompagnement.

Il suffit de voir ceux d’un écrivain aussi fluide que La Fontaine pour imaginer à quelle somme de travail est due cette apparente facilité. Mais s’ils avaient disparu…

Cela, est un des pièges de ce merveilleux outil qu’est l’ordinateur. Mais à chaque piège doit répondre une stratégie. Ici, celle qui s’impose passe (entre autres) par l’existence sur le blog, par la mise en fonction de l’accompagnement du texte, par la mise en existence de l’écrit et de l’écrivain.

 In deserto… ?

Avec les compliments de Lettropolis, édition numérique de textes numérisés appelés OLNIs® (Objet Littéraire Naviguant sur Internet)

 

 

 

 

 

 

 

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