
Les éditions Lettropolis sont, une fois de plus, fières d’ajouter au catalogue, ce remarquable texte de Louis Pergaud, qui a déjà donné naissance à de belles versions cinématographiques, sur lesquelles nous reviendrons peut-être.
Louis Pergaud fait partie de cette génération amputée de ses forces vives par la guerre de 14-18, dont les pertes n’ont jamais été réparées. Je ne parle pas ici des souffrances des uns et des autres, horriblement banales dans une guerre de ce type, mais bien de la saignée profonde, de l’hémorragie qui se produisit à un moment charnière de la transformation de la France et de l’Europe.
En 14-18, un siècle s’était écoulé depuis que Napoléon, au soir d’une bataille particulièrement meurtrière, pouvait commenter : « Une nuit de Paris réparera cela. » La formule était alors, tragiquement vraie car les avancées techniques et sociales se faisaient sur un rythme assez lent pour que l’arrivée de nouvelles générations remplace aisément les forces vives perdues. Et la France était alors le pays le plus peuplé d’Europe.
Pour en revenir à la stricte question de la littérature, les morts les plus célèbres – Pergaud, Alain-Fournier, Péguy – ont été foudroyés en plein vol. D’autres n’ont même pas eu le temps de prendre leur essor. J’ai eu l’occasion de lire des poèmes manifestement « inspirés » de jeunes hommes perdus dans l’hécatombe, qui auraient pu, qui auraient dû, devenir de grands auteurs. Ces textes naviguent encore dans quelques greniers, ou dans des revues spécialisées que le public n’apprend pas à aimer. Dommage !
Il y a quelques dizaines d’années, assez peu pour que l’écolier d’hier s’en souvienne, assez pour comprendre qu’un monde perdu nous en sépare, les textes de Louis Pergaud faisaient partie de l’arsenal éducatif des maîtres d’école. Certes, ils manifestaient ainsi le respect dû à l’un des leurs ; certes, c’était De Goupil à Margot (prix Goncourt 1910) qui ressortait de ce florilège, à la riche époque des dictées et des corrections orthographiques. Mais la vie y était présente, dans toute sa dimension, et en quelques lignes, la mort d’un écureuil nous faisait pénétrer dans la « grande littérature des petits riens », un art plus difficile à maîtriser qu’on ne le croit.
Donc, l’actualité nous amène à publier La Guerre des boutons. Nos lecteurs apprécieront une fois de plus la qualité éditoriale de notre présentation, qui, répétons-le sans relâche, ne ressemble en rien aux copiés-collés accessibles par ailleurs.
Mais une autre raison, plus spécifique à Lettropolis nous a poussés à cette décision : dans l’esprit d’établir un lien entre nos auteurs, ceux du domaine public, et les contemporains, nous demandons à ces derniers quel texte classique ils aimeraient porter à la connaissance des lecteurs de Lettropolis.
La Guerre des boutons était le choix de Michel Jacob, qui nous a donné Les Bruyères rouges et Le Mange-misères. Nous avions dû repousser cette publication pour les raisons bien compréhensibles de droit d’auteur. Mais aujourd’hui, ce délai étant dépassé, nous sommes doublement fiers d’apporter le texte de Louis Pergaud à la connaissance de nos abonnés, et de satisfaire ainsi le souhait de Michel Jacob.
En lisant Louis Pergaud et Michel Jacob, vous plongerez, d’une guerre à l’autre, dans les secrets d’une enfance perdue. Puissiez-vous, puissions-nous, l’espace d’une lecture, nous retrouver !
Avec les compliments de Lettropolis : l’édition numérique de livres numériques appelés OLNIs®
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