LIRE L’APOLOGIE DE SOCRATE

Les remous médiatiques portés par Luc Ferry nous imposent de lire ou de relire l’Apologie de Socrate, dans son excellente adaptation de Marc Gautron, sur Lettropolis.

En effet, si l’on n’est pas armé par une pensée philosophique assurée, on ne peut rien comprendre aux débats qui fusent comme pétards mouillés d’eau sale.

Bien que ne partageant pas toujours les interprétations de Luc Ferry, je respecte autant son intelligence que ses connaissances. Osons dire qu’il s’est comporté en vrai philosophe hellène, qu’il a porté le fer au bon endroit au bon moment.

Dans la conception grecque le philosophe n’est pas le discoureur médiatique du n’importe quoi, mais celui qui adapte son comportement à sa pensée. Luc Ferry a clairement choisi son camp : celui de Socrate. C’est pour cela qu’il devra boire la cigüe, dans sa forme contemporaine.

D’ailleurs, il est déjà soumis aux foudres de la justice et des professionnels de la bonne conscience. Et pour lui, pas de présomption d’innocence. Socrate, vous dis-je, dont l’Apologie de Platon démonte – ou remonte – le procès.

Il fut un temps, pas si lointain, où la loi imposait de dénoncer un crime dont on connaissait un début d’exécution. Le citoyen pouvait donc agir par un acte de prévention véritable. Cette loi s’articulait avec l’autre, instituant la nécessité de porter secours à autrui, à condition de ne pas mettre sa propre vie en danger. La mise en pratique dépendait donc de la conscience de l’individu pris entre ces feux possiblement contradictoires.

Nous sommes progressivement passés au statut de la délation organisée et du procès d’intention. Par les lois dites Pleven, Gayssot, on ne juge plus les actes mais les pensées susceptibles d’avoir entraîné d’autres pensées. Ces lois ont instauré un triple dommage. Sur un plan juridique pur, elles ont réduit à néant la présomption d’innocence et ouvert la voie à tous les procès d’intention dignes du pire inquisitorial. Sur un plan psychologique, elles ont réduit l’Homme à son ego le plus bas, commandé par son cerveau reptilien. Sur un plan social, elles ont instauré la dictature du prétendu juste, ont préparé les ferments d’une guerre civile. On voit bien comment elles permettent les pires coups bas pour les professionnels de leur maniement.

C’est dans cet enjeu que s’installe la déclaration de Luc Ferry. Il ose dire le réel. Il ose dire que ce réel est connu à haut niveau, et il le met, non pas au niveau d’une pensée, mais d’actes reconnus comme criminels. Il pose la question du savoir et du pouvoir, de la morale et des mœurs, et il la pose en acte, au prix de sa présence devant un tribunal. S’il est condamné, ce sera – selon le droit – pour ne pas avoir dénoncé l’auteur d’un crime passé. En portera-t-il seul la charge, ou cette condamnation s’accompagnera-t-elle d’une charrette ?

On le voit, d’énormes questions se posent… et il fallait qu’elles fussent posées. Luc Ferry l’a fait, en vrai philosophe. Nous allons subir, par force, les remous les plus troubles de cette affaire. Nous verrons des enjeux de bas niveau. Mais pour progresser dans le vrai débat, celui qui se pose en nous-mêmes, il faut lire ou relire l’Apologie de Socrate de Marc Gautron, sur Lettropolis.

Avec les compliments de Lettropolis : l’édition numérique de livres numériques appelés OLNIs®

Cet article est dans la catégorie 2 La littérature s'interroge, Lettropolis transmet. Disponible sous permalien.

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