MELMOTH RÉCONCILIÉ: NOUVELLE PUBLICATION DE LETTROPOLIS

Une fois de plus, nous voici confrontés à un texte dont on discuterait la classification : court roman ou longue nouvelle ? Une fois de plus, remarquons que ces textes de stature intermédiaire portent des qualités incisives qui leur donnent un goût particulier, et nous ouvrent les portes d’une littérature à poursuivre en notre for intérieur. Lorsque, de surcroît, la signature est celle d’un géant des lettres françaises, la distinction s’avère de moindre importance que celle de la nécessité de sa lecture.

Bien sûr, le Melmoth de Balzac s’intègre dans une longue tradition d’œuvres où des pactes dangereux emportent leurs héros vers des détresses infinies. Faust, le Juif errant, le Hollandais volant, et autres, jusques aux fabliaux de nos campagnes où parfois, le bon sens paysan se rit du cornu. Mais ici, la comédie humaine l’imposant, nous effleurons le monde de l’argent, ses influences et ses effluences. (J’emploie ici cette « fluence » bipolaire, car, dans notre édition, nous nous sommes vus obligés de modifier l’un pour l’autre, avec tout le respect que nous devons à un Hercule de notre littérature, et à la difficile tâche de supprimer des coquilles dans les meilleures éditions.)

Le caissier Castanier, ancien brave des campagnes napoléoniennes, enfermé dans sa cage par la vertu financière de la maison Nucingen, poussé par l’absence de vertu de sa compagne, commet un faux qui devrait le délivrer de cette double geôle, quand un homme étrange s’introduit auprès de lui, porteur de tous les pouvoirs du monde d’ici-bas. Merveilleuse occasion d’échapper à toutes les disgrâces et d’obtenir toutes les bonnes fortunes, et très vite, funeste découverte de l’infinie désolation d’un esprit à qui les ouvertures célestes sont encore plus interdites qu’auparavant.

Il faudra donc, pour employer une image contemporaine, « crever cette bulle de puissance et de finance » pour redevenir un homme, anéanti, certes, mais digne de retrouver un chemin qu’il n’avait peut-être pas pressenti, même du temps de sa médiocrité tranquille.

Melmoth, de qui Castanier tenait le terrible pacte, par sa mort édifiante, montre le chemin. Et dès lors, de main en main, le terrible accord, chaque fois dévalué, emporte ses pactisants dans une spirale de désirs débilitants, jusqu’à ce que le dernier maillon cède dans la mort.

Une des grandes forces de Balzac est de montrer que cette puissance tentatrice que chacun pourra appliquer au moindre de ses désirs se résume finalement à des formes simples de pouvoir, si ce n’est la vision de l’avenir qui leur est associée, et qui sert plus de démonstration que de but. Richesse et luxure ne sont au fond que des moteurs assez simples, presque « de survie » dans un monde hostile, et destinés à ne pas survivre à leurs « utilisateurs ». Si encore ils avaient suivi la voie de la connaissance, comme le Faust de Goethe, sauvé parce « rien ne peut le satisfaire. »

Castanier, sous la plume de Balzac, est plus puissant que Baltahazar lisant le fameux « mane, thecel, phares : compté, pesé, divisé », puisque lui, sait écouter les leçons de la transcendance.

On reconnaît une grande œuvre à certains critères. L’un d’eux est qu’elle amplifie un drame pour atteindre le plus petit d’entre nous.

Melmoth réconcilié        
Éditions Lettropolis
Novembre 2010

Avec les compliments de Lettropolis : l’édition numérique de livres numériques appelés OLNIs®

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