Entre les régions australes et boréales, les sternes sont de ces oiseaux migrateurs qui accomplissent peut-être le plus long parcours connu. Quelle force les pousse ? Tous les savants du monde, armés des outils les plus modernes ne peuvent qu’en déchiffrer la trace, sans en pénétrer le mystère, et c’est mieux ainsi, car c’est en ce sens que j’ai tracé mes lignes, pour écrire le Voyage des Sternes.
Le continent américain, comme le disent les scientifiques, fut atteint par des populations qui traversèrent le détroit de Béring, profitant de ce pont de glace au quaternaire. Devant eux, le champ s’étendait, libre, et au fur et à mesure que de nouvelles vagues d’immigrants apparaissaient, les premières s’enfonçaient vers le sud. Mais, comme les plus beaux rêves, les continents ont une fin, et nous sommes contemporains de la disparition de leurs derniers descendants près des rivages de Patagonie plus célèbres maintenant qu’une émission télévisée en a fait sa marque de fabrique.
Le décor ainsi posé à contre-temps, il ne me restait qu’à suivre deux charpentiers, quelque peu lassés de planter leurs clous dans le froid du grand Nord canadien. Quelle inspiration les saisit en voyant, pour la première fois, un curé et un aventurier jouer aux échecs ? Peut-être une reviviscence de l’éternel combat du bien et du mal ? Mais sur des esprits non préparés, cette lutte éternelle passe par des chemins bien terrestres, et même, par une sorte de pari que d’aucuns pourraient qualifier de stupide : s’identifier aux forces en jeu, tout au long d’un périple, qui les mènerait vers le grand Sud.
Jean et Antoine, d’une blague qui tourne court lors de la première étape à Dawson, célèbre depuis la ruée vers l’or, franchiront progressivement les étapes de leur destin. Ils connaîtront la beauté incomplète de la nature, entendront l’histoire de la bêtise qui tue, seront visités d’amour à Salt Lake City, joueront, l’espace d’une nuit, les trouble-fêtes d’un club très privé de Las Vegas, traverseront le royaume des dieux et démons de l’antique Mexico. Le délire d’une dictature locale les plonge dans la tragi-comédie du pouvoir, avant que la mort ne les attende en Bolivie, mort donnée, et mort près de les emporter en son tribut. Mais d’antiques forces, si ce n’est un extraordinaire hasard, permettront qu’ils poursuivent leur destin jusqu’à rencontrer un vieux prêtre, et… si ce n’est un rêve, l’accomplissement de leur parcours, quelque part, devant le grand océan du temps.
J’ai conçu Le Voyage des Sternes comme une épopée où les temps se mélangent, mais n’est-ce pas le rôle fondamental de l’épopée, que de marier l’aventure terrestre, et l’autre, la plus importante, où l’éternel retour des forces du monde nous prend en son tourbillon ? Et comme toute épopée, s’il y a de l’imaginaire, il ne se développe jamais sans d’extraordinaires rencontres que le voyage, seul, nous procure. Ce voyage, tel que je le conçus et l’accomplis il y a… suffisamment d’années pour parler d’un autre monde.
Cet article, est édité ici pour compléterla présentation de notre catalogue. Comme tous nos ouvrages, il mérite que vous le mettiez dans la liste de vos cadeaux, pour vous, pour vos proches, pour Noël, et au-delà.
Avec les compliments de Lettropolis : l’édition numérique de livres numériques appelés OLNIs®

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