Oui, je traite bien d’actualité littéraire sous forme théâtrale, avec ce « soupir » qui sous-titrerait sans trahir Domrémy, pièce en quatre actes de Robert Brasillach, montée en première mondiale au Théâtre du Nord-Ouest par la Compagnie de l’Élan.
Première mondiale, et unique représentation, cela sonne bien, cela vous donne un petit côté « pipipopol » si recherché de nos jours. Mais ramenons l’événement à de plus justes proportions, celles d’un petit théâtre, animé par le feu sacré (pardonnez cette image de circonstance), sans le flambant médiatique, celles d’un élan qui nécessiterait plus de moyens (Ah ! Ne pas être dans les petits papiers!).
Qu’importe ! Plonger en la « sainte simplicité » de ce texte (décidément le feu nous prend au foyer) c’est regarder vivre le petit peuple de ce village semblable à tant d’autres villages français, qui aurait pu garder sa quiétude si la plus étonnante de ses jeunes filles ne s’était mêlée de regarder au ciel, d’y entendre des voix, de partir à l’aventure, et d’accomplir, non l’impossible, mais l’incompréhensible.
La grandeur de ce texte est de n’en avoir pas, sauf à reprendre les trois belles prières qui furent récitées à l’époque par quelques évêques plus courageux, moins accommodants que d’autres. La grandeur de ce texte, c’est d’éclairer la grandeur de l’histoire à le lueur de la chandelle des simples.
À Domrémy, où la Jeanne est passée comme alouette et nuage, les langues vont bon train, mais avec les mots et les questions du commun. Elle est folle… Ses parents qui n’oseront plus se montrer… nous attendrons son retour pour nous marier… Domrémy, village forcé dans ses retranchements, où les habitants voudraient bien qu’on les laisse en paix, sans trop se faire remarquer entre Armagnacs et Bourguignons. Le petit peuple, curé en tête, défile dans la longue procession des tièdes. Pourtant, je le disais, nulle emphase en ce texte. L’intellectuel du coin, qui s’accommoderait fort bien des Anglais, ne s’entend pas trop mal avec le curé qui veut bien prier pour la délivrance de Jeanne, mais en secret, à condition que cela ne se sache pas. Un roi de Bourges ? Oui, mais, ici, près d’une frontière hasardeuse… Laissez-nous tranquilles à la fin !
Qui aima Jeanne en ce village ? Sa mère, certainement. Sa meilleure amie, Oviette ? Certainement aussi, la seule à la défendre, à l’attendre, à lui réserver sa douce inquiétude, à vouloir lui faire partager ce bonheur simple des promises en attente de mariage. Oui mais… elle aussi est atteinte d’une fièvre étrange qui lui fait juger le monde, et son fiancé si proche, devenu brutalement si lointain, au point qu’elle le rejette. Ah ! Ces filles impossibles !
Vingt ans ont passé. Isabeau, la mère de Jeanne, et Oviette partagent ce terrible aveu, que, plongées en cette histoire, elles avaient su ne plus jamais pouvoir être heureuses. Renan, à sa façon reprendra, pour la mort des civilisations, le cri de l’implacable savoir.
Et lorsqu’Oviette, veuve, vieillie, mère d’une autre Jeanne – en souvenir – retrouvera, le temps d’un témoignage, son fiancé de jadis, elle ira jusqu’à rejeter celle par qui elle avait abandonné toute promesse de bonheur. Regret ? Dépit ? Emballement ? Qui sait ? Qui saura jamais ?
Les passions, fussent-elles celles de l’autre, à tous les sens du terme, font mauvais ménage avec nos pauvres âmes et nos petites vies.
Jeanne, qui n’apparaît jamais en cette pièce, la survole comme un souffle qui jamais n’apaise, sauf à l’accompagner en sa force première. C’est peut-être là que se trouve une des leçons de Brasillach, sorte de morale qui trouvera un étrange écho dans l’histoire. Ce texte, écrit en 1933, est, d’une certaine façon, prémonitoire de temps troublés et d’occupation. La suite… nous la connaissons, ou nous croyons la connaître, car, comme disait le président Mitterrand : « J’aurais aimé vous y voir… ».
Ce que fit une jeune fille en ses dix-neuf ans de vie… Mais, Dieu, qu’une sainte est encombrante, tant pour obéir à la lettre de la loi qu’à son esprit.
JOURNAL OFFICIEL DE LA RÉPUBLIQUE FRANCAISE
Loi instituant une fête nationale de Jeanne d’Arc, fête du patriotisme
Le Sénat et la Chambre des députés ont adopté,
Le Président de la République promulgue la loi dont la teneur suit :
Art. 1er. – La république française célèbre annuellement la fête Jeanne d’Arc, fête du patriotisme.
Art. 2. – Cette fête sera a lieu le deuxième dimanche de mai, jour anniversaire de la délivrance d’Orléans.
Art. 3. – Il sera élevé en l’honneur de Jeanne d’Arc, sur la place de Rouen, où elle a été brûlée vive, un monument avec cette inscription :
À Jeanne d’Arc, le peuple français reconnaissant
La présente loi, délibérée et adoptée par le Sénat et la Chambre des députés, sera exécutée comme loi de l’État.
Fait à Rambouillet, le 10 juillet 1920
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