COMME EMMA BOVARY, SOUVENT FEMME BELLE VARIE

En harmonie avec le récent article Lectures de Madame Bovary il ne fait aucun doute que nous lisons avec l’âge de nos artères. Mais contrairement à l’hypothèse qui viendrait spontanément à l’esprit, Christine Henniqueau-Mary nous démontre que les artères les plus rigides peuvent s’associer à la lecture la plus souple, et qu’a contrario la vigueur des jeunes sentiments rigidifie la lecture au point d’en émousser le sens. Serait-ce une loi du genre ?

Il est possible que nous passions tous par une étape semblable. Peut-être est-ce souhaitable ? Mais une étape qui se prolongerait ainsi, sans garde-fou, comme une plongée en eau profonde, dans le grand bleu des sentiments artificiels, rigidifiés devant un décor de carte postale, indignés par toute critique, risquerait de mener à une asphyxie de la pensée.

Flaubert en son gueuloir, Flaubert-Bovary, le solitaire de Croisset, le père spirituel de Maupassant, eut bien des démêlés avec la justice à cause des débordements purement littéraires de son héroïne. Le jeune Empire, second du rang, lui aussi avait des sentiments, aussi rigides que la souplesse des altesses peintes par Winterhalter… en vertu de la loi précédemment émise.

Avec une lecture plus mesurée, désentimentalisée, l’ironie du maître et sa prise de distance fussent apparues derrière le passage de la belle silhouette. La justice des hommes eût rangé la romance de la fugueuse au rayon des amourettes, ou des oublis. Mais les régimes éprouvent aussi les emballements des jeunes filles, avec autant de sévérité, et bien plus de vigueur.

Alors en fait de pâles statues, de chants de guitares, de pêcheurs, de bateau, et d’amour étrange, oublions le passage d’Emma, qui semble déjà n’être qu’une ombre en ce décor, revoyons Pandora, le film d’Albert Lewin. Plus vivante est la trace de Pandora, dont le destin s’ancre dans celui du Hollandais volant, meurtrier damné pour son crime, sauvé par la force du véritable amour-vainqueur, non de la justice des hommes, mais de la damnation éternelle.

Avec les compliments de Lettropolis : l’édition numérique de livres numériques appelés OLNIs®

Cet article est dans la catégorie 2 La littérature s'interroge, Lettropolis transmet. Disponible sous permalien.

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