Ah ! J’en rêve ! Un roman cochon, un vrai, un de ceux qui secouent la tripe, qui vous charcutent le sentiment. Pas un roman bêlant, pas de silence des agneaux, pas de ces bluettes où le premier psychotique venu s’improvise apprenti charcutier, pour le plus grand bonheur d’un autre apprenti, psychologue lui. Pas un de ces romans que le lecteur referme, avec un « bof… ! » avant de passer à table savourer son cassoulet toulousain made in China. De la gnognote que cela ! De la réalité de commissariat de base, d’un niveau à peine supérieur aux chiens écrasés.
Non, vraiment, je rêve, Lettropolis rêve, d’un vrai roman cochon, un de ceux qu’un romancier invente de toutes les pièces fumeuses de ses derniers neurones alcoolisés. Imaginez : un gus qui a trempé dans la charcutaille – enfin c’est ce qu’on dit, qu’on ne dit plus, ça fait désordre – qui se mêle de remplir d’une quelconque gélatine les nibards de ces dames, et qui passe commande chez les grands de la chimie.
— Comment mon vieux… Vous n’y pensez-pas. Personne ne vous croira. Et puis, surveillez votre vocabulaire. On ne dit pas « nibard »… en cour de récréation peut-être, mais pas ici… ou on ne l’écrit pas… soyez correct, voyons !
— Pourtant, le sujet pousse au vocabulaire cru, vous ne le sentez-pas ? La tradition gauloise, Rabelais, Dard…
— Dépassés ! Laissez ces antiquités au cabinet d’où ils n’auraient jamais dû sortir.
— Au cabinet… vous croyez ?
— Ah, vous ! Ne m’emm… Ne m’ennuyez pas avec vos blagues douteuses. Bon ! Revenons à votre roman, le fil de l’histoire ?
— Toute simple, logique. Un type qui a compris la société, ses rouages, ses principes : un mec qui en veut tous les avantages…
— Avantages… J’espère que vous ne recommencez pas à jouer sur le sens des mots !
— Euh… Un grand cynique qui a pigé le système : un marché de bobos-gogos, un marigot où pullulent les crocodiles, des surveillants lobotomisés, le cul vissé dans leurs fauteuils de cuir – Ah ! L’ergonomie… – et quelques clampins pour déménager les fûts de soupe à l’huile de vidange…
— Ou de silicone…
— Peu importe, la recette est toujours la même.
— Ouais… Tiré par les cheveux… Capillotracté, veux-je dire. Ah, ces romanciers, tous les mêmes. Croient que l’imagination mène le monde…
Lettropolis rêve d’un roman cochon, car comme on dit : « Dans le cochon, tout est bon. »
Futurs auteurs, à vos claviers !
Avec les compliments de Lettropolis : l’édition de livres numériques appelés OLNIs®