TABLETTES ET (PIÈGES À) LECTURE / 2

Pour les uns, lire est un plaisir, pour tous, lire est une nécessité. Nous pourrions discuter de cela jusqu’à plus soif, mais pour avancer davantage nous devrions, mieux encore, l’écrire jusqu’à plus d’encre.

Alors, certains pourraient ne pas saisir le concept de « piège à lecture » inclus dans ce titre. En le comprenant mal, ils croiraient à une attaque dirigée contre la tablette Kindle. Il n’en est rien. Il s’agit simplement de dépasser le cadre des envolées publicitaires et de poser les vraies questions.

Car, en fait de piège, nous savons que certains livres trop bien préparés peuvent en être un pour certains esprits qui le sont moins. L’histoire ne manque pas d’exemples en ce domaine. Mais, le texte passant par la tablette Kindle pose d’autres questions.

LE FORMAT PROPRIÉTAIRE

Et tout d’abord, celle du format « propriétaire » à laquelle je faisais référence dans l’article précédent. Du point de vue esthétique ou grammatical, l’expression n’est pas heureuse. Mais sa réalité fonctionnelle l’est encore moins. Imaginez que vous achetiez un livre nécessitant une paire de lunettes spéciales pour déchiffrer les caractères. Imaginez de plus que cette paire de lunettes soit inadaptée pour d’autres livres d’autres éditeurs, et qu’il faille l’adapter, mais pour certaines marques seulement. C’est ce qui se passe avec les livres numériques présentés par Amazon pour Kindle.

Alors, pour répondre à une question qui m’a été posée hier : oui il est possible de télécharger des applications permettant de lire la bibliothèque d’Amazon sur PC, Mac, Iphone, Ipad, ou Androïd. Et même sans acheter la liseuse Kindle, ce qui est une bonne chose, mais remarquons cependant que l’argument ne saute pas aux yeux si l’on se contente du matraquage publicitaire.

Je l’ai fait pour mon PC et j’en parlerai plus en détail dans un prochain article.

L’ÉCONOMIE PARALLÈLE

Cette simple possibilité de lire la bibliothèque numérique d’Amazon sur PC, sans le Kindle (bien que celui-ci soit présenté comme l’outil nécessaire) prouve bien que la lecture, pour certains n’est qu’un prétexte à d’autres grandes manœuvres commerciales.

Précisons : que penser des œuvres complètes de Maupassant (57 volumes pour 2,99 €), des œuvres complètes de Jules Verne, au même prix, des œuvres complètes de Victor Hugo, toujours à 2,99 €, ou des 20 volumes de la série des Rougon Macquart à 1,99 € ? Cadeau ? Erreur sur l’étiquette ? Ou « invasion par prix artificiel » ? S’agit-il seulement de favoriser la chose littéraire ?

C’est que d’autres enjeux que la lecture pointent le bout du nez : les téléchargements par le réseau sans fil Amazon Whispernet de l’opérateur de téléphonie américain Sprint. Aviez-vous entendu parler de Sprint, jusqu’ici ?

Et d’autres services, tels celui évoqué sur wikipédia : « L’utilisateur peut également transférer ses propres documents sur le Kindle en reliant l’appareil à un ordinateur par liaison USB ou en les envoyant par courrier électronique au prix de 10 cents par envoi. »

UNE RÉFLEXION PLUS GÉNÉRALE

Admettons et souhaitons qu’au cours de l’évolution du Kindle, les barrières « propriétaire » sautent. Ainsi, quel que soit le coût de la bibliothèque numérique d’Amazon, il deviendrait possible, au moins, de la transférer, sans manipulations complexes, sur tout autre ordinateur en notre possession. Pour l’instant, ce n’est pas le cas.

On voit ainsi ce qu’il en est : la gratuité ou quasi-gratuité est le cheval de Troie destiné à investir la place pour vendre d’autres produits oublieux de la littérature… produits que nous possédons déjà, ou que l’on souhaite nous « faire découvrir ».

Alors, si toute entreprise souhaite croître et prospérer, ce qui est parfaitement normal et légal, est-il raisonnable, est-il légitime de forcer la vente d’autres services cachés à partir d’offres artificiellement « gratuites » ?

Car toute la question des « liseuses » tient en quelques lignes :

1/ Ce sont des outils de belle technique

2/ Mais toutes ces techniques existent, à prix bien moins cher sur des ordinateurs « classiques » portables qui fournissent des services plus élaborés, dans des conditions ergonomiques d’excellente qualité.

3/ Amazon le prouve en permettant de lire sa bibliothèque numérique par tout PC ou Mac, sans Kindle.

4/ Tout en imposant une non-compatibilité ou non-transférabilité qui rompt le notion de possession d’un bien.

Un économiste averti trouverait ici matière à étudier les dérives qu’une capacité technique indubitable amène lorsqu’elle accompagne ou permet la création d’un marché artificiel.

Mais en pratique, Steve Jobs l’avait déjà fait. Lui que tant de bobos prennent pour un saint laïc, avait bien développé le concept de killer product (produit destiné à tuer le plus récent produit de la même marque pour doper les ventes).

Et une autre citation est plus nette encore “When we were an agrarian nation, all cars were trucks, because that’s what you needed… PCs are going to be like trucks. They’re still going to be around. They’re still going to have a lot of value. But they’re going to be used by one out of x people.”

Steve Jobs

Quand nous étions une nation agricole, tous nos véhicules étaient des camionnettes, parce que c’était ce dont nous avions besoin… Les PC vont devenir des camionnettes. On en trouvera encore. Ils auront encore une grande utilité. Mais une personne sur x seulement s’en servira.

On pourrait traduire le sens de façon plus abrupte : je continue à fabriquer des voitures, mais je vous les vends en pièces détachées, et c’est moi qui gagne.

À suivre…

Avec les compliments de Lettropolis : l’édition numérique de livres numériques appelés OLNIs®

Cet article est dans la catégorie 5 La technique se dévoile. Disponible sous permalien.

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