L’ISLAM : UNE RELIGION OU UNE CULTURE ? (2)

L’actualité effroyable nous force à entrer dans une cinquième dimension que très peu de gens étaient préparés à envisager, et moins encore à affronter. Ce ”billet” sera un peu plus long que les autres, mais l’ampleur et l’horreur du sujet, la menace permanente dans laquelle nous vivons désormais me servira d’excuse auprès de vous, amis-lecteurs. Pardon d’avance pour ces quelques minutes que je vous vole.

 Si l’on veut comprendre le monde actuel, la première urgence est de définir les forces qui l’agitent, car depuis quelques années, le mot islam s’est mis à revêtir de nombreux sens, pas tous exacts, pas tous neutres. Alors : qu’est-ce que l’Islam ?

  1- Les adeptes de cette religion, qui se désignent entre eux comme “les Croyants” (Muminina), affirment que l’islam-religion est le plus achevé des monothéismes, le Tawhid, qui ne doit culte qu’à Allah seul : Tawhidou Allah est le premier engagement du musulman lorsqu’il dit sa profession de sa foi, la chahada, leur Credo : ”Ašhadu an lā ilāha illa-llāh” (je crois qu’il Il n’y a pas de Dieu sauf Allah), le mot islam lui-même voulant dire la soumission totale (à Allah). (On dit que ”le radical ‘‘s – l – m’‘ indique une idée d’allégeance”. Pas de folie, bien sûr !).   Cette religion veut donc être un retour vers la voie tracée par “notre Père Abraham”, Millat a Abikum Ibrahim, à travers le livre sacré qu’est le Coran, dicté directement à Mahomet par Dieu lui-même, et ce serait donc la “version définitive” (version 3-0… si on me permet cette façon plus moderne de le dire) des Livres sacrés qui l’ont précédée, la Torah et les Évangiles (en arabe, Tawrat, et El Injil).

Il faut cependant préciser que ce que les musulmans mettent sous ces deux appellations n’est qu’une herméneutique de ces textes, revisités par leurs religionnaires et donc à eux seuls opposable, puisque le Prophète, instruit par d’Allah, aurait réinterprété les déviances faites à Sa Parole par le temps et les hommes. Un critère spécifique d’universalité va singulariser cette religion face aux autres monothéismes : la langue arabe est déclarée langue de Dieu, celle qui aurait été parlée (?) par Adam, Abraham et Jésus (un prophète parmi les autres). Nous ne sommes donc plus devant une simple religion, mais devant un ensemble sacré religion + langue + système politique, ce qui est unique. Ceci explique que le recentrage autour de la seule langue arabe constitue d’ailleurs l’une des toutes premières revendications de tout nouveau pouvoir se recommandant de l’intégrisme.

   2- L’islam, selon les conditions dans lesquelles ce terme est utilisé, décrit tout d’abord une religion tout à la fois unique et multiple : le sunnisme, le chi’isme, le zaydisme et l’ibadisme sont les quatre courants reconnus (Mahdâhib) de l’islam, auxquels il faut ajouter le soufisme, chacun de ces courants étant lui-même subdivisé ou partagé en courants multiples. Le sunnisme, par exemple compte une quinzaine de courants, le chi’isme un peu plus, et le soufisme une petite dizaine.

    3- En troisième lieu, le mot Islam, avec une majuscule cette fois, peut désigner l’ensemble des populations qui confessent cette religion. On disait auparavant les mahométans, mais ce terme est tombé en désuétude et on ne l’entend pratiquement plus, la désignation musulmans étant  la plus fréquemment utilisée pour désigner les populations qui confessent l’islam-religion. Ce mot recouvre les Arabes, mais aussi d’autres Africains, des Asiatiques, des Européens (Balkaniques majoritairement, et quelques poignées de convertis trop médiatisés et parfois dangereux) ou une poignée d’Américains.

Une variante établit un amalgame entre l’islam-religion et les “Arabes”, avec là aussi toutes les approximations d’origine, d’histoire et de culture, y compris les Perses ou les Turcs qui ne sont Arabes ni les uns ni les autres, et alors que  sunnites et chi’ites ont été plus souvent en opposition frontale qu’en harmonie depuis la mort du Prophète. Dans mon jeune temps, le mot de islamisme était utilisé pour désigner la foi des religionnaires d’Allah, sur le modèle de catholicisme, protestantisme ou bouddhisme… et l’évolution de ce mot vers une spécialisation extrémiste n’a pas contribué à simplifier l’image de la dite religion, comme on peut  le vérifier chaque jour, hélas !

  4- En quatrième lieu, on entend souvent Islam dans le sens de “civilisation”, en le déconnectant de toute notion de foi, de race ou d’origine, ce qui ajoute encore une dimension à la confusion déjà assez grande. Par exemple, le Louvre –d’autres musées font-ils de même ?– a ouvert un département Art de l’Islam, alors qu’il n’existe pas de section Art de la Chrétienté, ni Art du Bouddhisme, ni d’aucune autre religion per se. À l’opposé, l’existence d’une longue civilisation d’essence musulmane est un fait historique : elle a donné le meilleur (le raffinement des royaumes grenadins ou l’art moghol) mais aussi le pire (les exemples abondent dans l’histoire, et tendent hélas à se multiplier, tant à Bamiyan et à Tombouctou que dans l’espace irako-syrien en ce moment, en s’attendant au pire ailleurs).

  5- Enfin, on se sert souvent de ce mot pour décrire, au delà de la religion, une néo-idéologie dont les contours sont difficiles à préciser. En réalité, un mélange de théocratie politique, de morale orientée, de revendications tous azimuts, de coutumes ré-inventées et de violence en quantités variables où les mots fatwa, jihad ou califat… ont été dévoyés. Par exemple, le mot jihad est devenu synonyme de barbarie. On rencontre de plus en plus souvent le mot islamisme pour décrire ce phénomène extrême. Mais l’islamisme des Frères Musulmans, des Salafistes, des fous d’Al Qaïda, des furieux de l’État Islamique (qui n’est ni l’un, ni l’autre !) ou des Saoudiens d’obédience wahhabite ont peu de points communs, non plus qu’avec cet ”islamisme d’exportation” qui fait progressivement surface dans les pays européens où un peuplement récent mais pratiquement incontrôlé s’est développé en relativement peu de temps, générant pour ceux qui arrivent autant que pour ceux qui étaient là avant eux, un nombre de problèmes que la pusillanimité et la cécité de système des hommes politiques européens empêche de voir, de décrire, d’évoquer, et donc de pouvoir avoir une chance de résoudre ! Dans cet entendement, l’islam pourrait apparaître davantage comme une force politique, comme un totalitarisme, voire comme une menace, que comme une religion.

 Religion ou culture, demandions-nous ? Réponse : les deux, évidemment, mais avec des poids relatifs qui évoluent considérablement à travers l’histoire. Dans la folie, la haine et la violence absolues, l’époque actuelle ne peut vraiment prétendre à être classée dans les bons millésimes. Et nous n’avons pas fini de le déplorer … (À suivre…)

FRANCE, AGIR OU PÉRIR ?

FRANCE, AGIR OU PÉRIR ?

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GÉNOCIDE : PARCOURS À DENTS DE SCIE AU CONGRÈS DE VOUVANT

PARCOURS À DENTS DE SCIE

PARCOURS À DENTS DE SCIE

Parcours à dents de scie, ce témoignage remarquable et émouvant sur le génocide contre les Tutsis du Rwanda a été présenté par Philippe Basabose au Congrès international des études de génocides tenu à Vouvant les 20 et 21 septembre 2014. Ce congrès était organisé sous la responsabilité scientifique de son président, le Pr Jean-Marie Grassin, et du Pr Françoise Ardillier-Carras. Lettropolis y était. Plusieurs orateurs de talent prirent la parole, et il arriva que la charge émotive de nos amis transparut sous leurs discours apparemment distanciés de scientifiques.

Dans un court article, je voudrais présenter l’introduction du Pr Jean-Marie Grassin qui allie les spécificités du scientifique et du littéraire, tout en précisant bien que ceci ne tient pas lieu d’actes du congrès, mais bien de reprise par un auditeur captivé, mais libre d’ajouter son grain de sel.

Donc, comme littéraire, le Pr Grassin nous ramène Au cœur des ténèbres, ce texte de Joseph Conrad qui a largement inspiré le film Apocalypse now, entre autres formes. Il n’oublie cependant pas Mario Vargas Llosa et Le Rêve du Celte, traitant de génocide au Brésil, dans une « atmosphère de fin du monde ».

Ce faisant, il distingue bien les circonstances contingentes qui ont pu mener à des tueries (guerre civile, maintien de l’ordre, situation économique désastreuse), du « pandémonium, lorsque le gouvernement du peuple décide, prépare, programme, organise, en raison d’une idée transcendante, l’extermination radicale d’une partie de sa population sur certains critères. On change alors de paradigme. Cette “atmosphère de fin du monde” pour citer Vagas Llosa, c’est comme si tous les démons de l’Enfer avaient pris figure humaine. » Disparaissent alors les notions de moralité, d’humanité et même de lois de la guerre.

Mais, comme scientifique, le Pr Grassin insiste sur le point fondamental suivant : comment définir un génocide, pour en faire un objet d’étude, une discipline, peut-être une science ?

La question pourrait paraître superflue, nous verrons qu’il n’en est rien.

Certes, l’étymologie parle : génocide est un néologisme formé de deux racines, l’une grecque, l’autre latine où se conjuguent les notions de genre, espèce, et de tuerie, massacre. Tout semble simple. Le père linguistique en est le juriste américain Raphael Lemkin, lui-même d’origine juive polonaise.

Mais tous les massacres ne sont pas qualifiés de génocide. Celui de la Saint-Barthélémy, par exemple. Ou le « passage » des troupes françaises dans le Palatinat.

Des définitions légales ont été travaillées dans les instances internationales et dans différents pays. Mais elles ont été précisées sous l’influence des politiques en place. C’est ainsi que, de l’aveu de Lemkin lui-même, les responsables soviétiques de l’époque ont insisté au procès de Nuremberg, pour que les définitions ne puissent leur être appliquées. Il fallait bien cacher les 6 millions de morts lors des grandes famines en Ukraine des années 1930, directement liées à la ferme politique kolkhozienne du Petit Père des peuples. Ces drames sont restés occultés jusqu’à la chute de l’empire.

Idem, les gouvernements turcs actuels ont joué sur le sens du qualificatif arbitraire inclus dans notre définition pour se dédouaner de leur responsabilité dans le génocide des Arméniens dont 2015 verra le triste centenaire. Quelques discussions en perspective… Le cas est d’autant plus important pour la Turquie que ce génocide prenait place lors de l’arrivée au pouvoir des Jeunes-Turcs, devenant donc un crime originel, une tache sanglante sur la naissance du pays. Et l’on sait que ces conditions ne sont pas les meilleures.

Le Pr Grassin évoque aussi le rôle de Robespierre, attribuant le qualificatif de « crime contre l’humanité non pas pour qualifier ses tribunaux d’exception, mais pour qualifier ceux qui s’étaient mis en travers de la marche de la nation, telle que lui, la concevait. »

On rappelle qu’il s’en faisait une spécialité, par exemple au procès du roi Louis XVI : « […] Je demande que la Convention nationale le déclare dès ce moment traître à la nation française, criminel envers l’humanité. »

Cette énumération – incomplète – amène à poser la question des génocides reconnus lorsqu’un État massacre ses propres citoyens (les Khmers rouges) et plus encore lorsque le chef de cet État est arrivé au pouvoir par les urnes, dans un système démocratique. Toute référence à Hitler ne serait pas que pure  coïncidence, ou plutôt serait une co-incidence dans le sens où il faut poser la question des convergences causales, plutôt que de s’en tenir à l’apparition ex nihilo d’un exterminateur venu de profondeurs incertaines.

Il faudrait aussi évoquer la question de la reconnaissance et du pardon, lequel ne saurait vraiment exister sans une volonté partagée d’atténuer les conséquences du passé. Mais Eugène Nshimiyimana (directeur du département d’études françaises, Mc Master university, Hamilton, Ontario) s’en est fait le porte-parole dans une communication de haute volée, dont nous reparlerons.

Cela est déjà un vaste et difficile exercice. Mais comme si cette difficulté ne suffisait pas, en voici une autre :

Dans une autre remarquable intervention, sur le génocide des Arméniens, (De l’imprescriptibilité à la reconnaissance) Hélène Piralian, psychanalyste, auteur de Génocide et Transmission (entre autres travaux, y compris sur le terrain en Arménie) nous expliqua la captation de l’holocauste (ou Shoa) comme seul génocide en titre.

Il existe « des penseurs qui, au nom d’une spécificité du génocide des Juifs, dénient la réalité des autres génocides. » Ce faisant, ces penseurs, « maintiennent leur déni, ce déni même que les génocidaires construisent et qui, partie intégrante de ce processus génocidaire, a pour effet de maintenir au présent et toujours actifs, les effets psychiques destructeurs du génocide sur les descendants. »

Le premier de ces penseurs est Wladimir Jankélévitch qui dans son livre L’Imprescriptible explique que, « pour lui, comparer (des massacres) avec le génocide des Juifs serait du négationnisme et aurait uniquement pour but, en banalisant le génocide des Juifs, de s’en débarrasser, celui-ci étant unique donc incomparable […] Il ne le rapproche d’autres génocides que pour nier leur caractère génocidaire. […] Sa conclusion n’en reste pas moins effrayante : entre ces événements ordinaire (les noyades de Nantes, le génocide des Arméniens) et l’extraordinaire génocide des Juifs il y a là une différence de nature, peut-être même ontologique. »

Ainsi, pour Jankélévitch, rechercher dans l’histoire d’autres génocides, c’est se faire traiter de « distingués casuistes » dans le meilleur des cas, et, bien sûr, de « négationniste » en poussant le bouchon un peu plus loin.

Hélène Piralian poursuit : « Il y là, de la part de Jankélévitch, une méconnaissance de l’histoire, qui confine à la falsification, en ce sens qu’il semble céder là à un mouvement passionnel au mépris de toute donnée historique, à laquelle, sans doute, il ne s’est pas intéressé, trop pris par sa propre douleur qui ne peut pour lui, en aucune manière, être partageable. »

Enfin elle précise que ce thème a été repris par des auteurs du manifeste Liberté pour l’Histoire dont René Rémond, fut le fondateur en 2005.

Voilà donc deux communications fondamentales, toutes deux chargées de sang et de crimes jusqu’à plus soif, mais dont l’une d’elles – non en tant que telle, mais par ce qu’elle nous délivre comme négationnisme inavoué – nous charge d’une certaine amertume.

Mais, espoir, cela doit conforter le Pr Grassin dans son souhait – ce premier congrès en est la preuve réalisée – d’organiser cette discipline.

Nous poursuivrons.

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PARLONS UN PEU DE L’ISLAM (1)

 L’actualité ne laisse aucun choix : en ces tristes jours, parler de l’islam est incontournable. Mais c’est une tâche immense. Plusieurs ”billets” seront donc nécessaires pour exposer et décrire à ceux qui en seraient éloignés toutes les facettes, les aspects cachés, le non-dit et les dimensions de ce substantif.  

 En ces temps d’enlèvements, de bombes humaines, de décapitations filmées, de véritables génocides, de djihad  et de barbarie revendiquée, il n’est pas facile d’aborder un tel sujet avec sérénité, mesure, et sans langue de bois. Car il ne s’agit plus, aujourd’hui, de ne parler que d’une religion parmi d’autres, un peu froidement, de manière plus ou moins clinique : il est impossible d’éviter la prise en compte d’événements récents, terribles, d’une ampleur inattendue, et de phénomènes liés à l’immigration qui viennent se mêler à une problématique déjà fortement chargée de connotations multiples… et pas toutes favorables ! Et —c’est une difficulté supplémentaire—  il faut se livrer à cet exercice périlleux dans un contexte politique qui, dans la France dite laïque en tous cas, se voudrait artificiellement hostile par système à tout ce qui est ou pourrait sembler chrétien, jusqu’au vocabulaire inclus.

 Parler de l’Islam, c’est donc parler d’une religion, mais aussi de bien plus que cela, en ces temps où un avatar absolutiste s’acharne à détruire tout ce qui peut l’être, y compris lui-même ! En fonction de quoi, si l’on veut comprendre la causalité et la finalité des problèmes qui se posent aujourd’hui à nous et au monde, un ”passage en revue” s’impose : bon nombre des crises que traversent nos sociétés et la planète entière ont là leurs racines, depuis les mouvements politiques jusqu’aux flux de populations, et des guerres jusqu’à la folie meurtrière absolue. Vraiment, “parler un peu de l’Islam” n’est pas un projet facile et j’aurai besoin d’indulgence parfois et de compréhension souvent.  Mais on ne peut raisonnablement pas prétendre vouloir traverser cette decennie en faisant abstraction de ce sujet, des problèmes qu’il soulève et des questions qu’il pose.

 Un mot personnel, tout à fait inhabituel dans ce Blog, mais justifié, me semble-t-il : je suis né et j’ai été élevé dans un pays musulman, j’ai une maîtrise de la langue arabe que l’on peut qualifier de ”bonne”, et je me suis intéressé à la civilisation arabe dès mon plus jeune âge (j’avais quatorze ans lorsque j’ai ”lu” le Coran pour la première fois) … J’ai malgré tout conscience d’être très loin de pouvoir en parler avec la même aisance que j’ai pour parler des branches du Christianisme. Mais je sais aussi que je suis plus compétent que la majorité des convertis de fraîche date, dont bon nombre ne parle même pas la langue sacrée du Prophète mais qui sont prêts à partir djihadiser, ou que ces “experts du 20 heures” qui ont pondu un chef d’œuvre-sic après dix ou quinze jours passés dans  l’Oumma, la sphère de l’islam.

 On peut regretter que la connaissance de l’Islam balance souvent entre imparfaite et fantasmagorique, mais c’est ainsi : pour de nombreux non-musulmans, l’Islam pourrait presque se résumer à d’immenses foules composées soit de candidats à l’émigration, soit de terroristes potentiels ou avérés mais fous, soit de barbus roussis au henné entourés de spectres noirs dans leurs tchadors inesthétiques et si peu pratiques… et le pire, c’est que c’est vrai, par certains côtés !  Il est donc devenu urgent de passer un peu de temps à réfléchir aux évolutions récentes et aux sens réels, ressentis, fantasmés, redoutés de ce mot… ou au contraire sur ce qui est une forme de discrimination raciale : une volonté systémique d’ignorer ou d’excuser par avance tout excès, toute attitude inacceptable, tout comportement déviant voire criminel de ceux qui disent se recommander de cette foi.

 Cette méconnaissance de l’islam rend inévitables l’appel à un vocabulaire d’où toute subjectivité n’est pas exclue et à de nombreux présupposés politiques ou sociologiques qui vont bien au delà des limites admises lorsque l’on parle d’une religion : certains observateurs la décrivent “violente dans son essence et par ses objectifs”, d’autres ajoutant même : ”.. et dans son projet affiché”, ce qui est vrai aussi, vu sous certains angles.  Mais d’autres, au même moment, ne veulent voir et percevoir qu’un amalgame de toutes les vertus christiques, refusant de comprendre le sens réel des textes qu’ils ont cru lire sans en avoir le mode d’emploi…

 La problématique n’est pas facile à cerner, si l’on se limite à comparer des pratiques religieuses avec les évolutions prévisibles de notre futur proche, et leur possible adéquation avec la poursuite d’un mieux-être ici-bas (en attendant la félicité éternelle, qui se compose notamment, pour eux, de soixante-douze houris éternellement vierges, assorties d’autres aménités récompensant les ex-mérites sur terre de l’élu, ce qui explique sinon justifie une certaine fascination pour la mort).

 Plusieurs ”billets’‘ seront donc nécessaires pour essayer de faire le tour de ce sujet qui est devenu fondamental pour l’équilibre de la planète, le devenir du monde, la douceur de vivre… et la sécurité de nos concitoyens. Mais on ne peut plus se permettre de faire l’impasse sur cette réflexion approfondie, hélas… (A suivre …)

FRANCE, AGIR OU PÉRIR ?

FRANCE, AGIR OU PÉRIR ?

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RWANDA, GÉNOCIDE,UNE RESCAPÉE TUTSI TÉMOIGNE, PARCOURS À DENTS DE SCIE

PARCOURS À DENTS DE SCIE

PARCOURS À DENTS DE SCIE

Lettropolis publie Parcours à dents de scie, le témoignage intégral d’une rescapée Tutsi du génocide de 1994. Document factuel, document historique, document sociologique, document psychologique, document humain, illustré sans voyeurisme, pour mémoire et avenir.

Résumer Parcours à dents de scie ?

Une ligne : l’éternel combat du Mal contre le Bien.

Une situation : Rwanda 1994… les Tutsis livrés au génocide… une famille détruite… une survivante dans la tourmente morale des rescapés… son insertion sociale et son retour dans le monde des génocidaires… son ascension morale et religieuse… apprendre le pardon… directrice de prison… pacifier les âmes et les corps… au service de la réconciliation… en filigrane, une leçon de politique intérieure. Voilà pour le fil directeur !

Plus précisément :

Parcours à dents de scie est la biographie de Dativa, petite fille rwandaise, adulée, intelligente, belle. Devenue jeune fille, elle survit au génocide de 1994, au massacre d’une grande partie de sa famille, et plus encore à celui de son père auquel elle assiste, elle-même blessée, promise au même sort, mais miraculeusement oubliée parmi les mourants lors de cette tuerie collective. Son crime (pour ses génocidaires) : être Tutsi. Son sort : survivre et prendre en charge le reste de sa famille.

Biographie, ici, veut vraiment dire écriture d’une vie, et pas seulement d’un moment d’une vie. En apparence, l’avenir souriait à la petite fille qu’elle était… à condition d’oublier les semences empoisonnées de sa toute petite enfance : exode, massacres… déjà… en 1973.

Après…, après ces terribles jours de 1994, la survivance : enfouie, mais active, la culpabilité d’avoir survécu, les périodes d’abattement, ou de ténacité nécessaire. Et le quotidien : devenir chef de sa famille, maintenant restreinte à sa mère et à ses deux petites sœurs, retrouver un emploi, et faire le sacrifice d’une offre généreuse pour accomplir son serment, cette prière adressée au plus fort du massacre : dédier sa vie à sa famille si elle devait en réchapper.

On conçoit que le cœur ne soit pas serein, que la colère émerge, avec tant de doutes, que d’autres questions surviennent, que le choix d’un mari échappe aux rêves classiques d’une jeune fille romantique : sera-t-il un rescapé, un militaire, un protecteur ?

En fait, ce sera un homme d’amour sincère, l’essentiel. La mauvaise série s’arrêterait-elle ? La vie reprendrait-elle le dessus avec la venue des enfants ? Non, la mort frappe encore : les garçons sont atteints de drépanocytose, dont elle et son mari portent les gènes. Hergos, le fils cadet, meurt. Tentatives de grossesses : deux interruptions chirurgicales pour sauver sa vie. Une demande d’adoption finalement abandonnée. Le doute la prend : action divine ou sorcellerie ?

Maintenant, assistante sociale dans un centre de rééducation pour mineurs, la voici de nouveau confrontée aux souvenirs de la violence et à une nouvelle épreuve morale. Aux criminels « ordinaires » se mêlent des génocidaires. Elle ose dire qu’elle est « réticente à leur faire du bien ». Combien de non-dits derrière cet euphémisme ? Alors, enfouie en sa mémoire, resurgit la prière lancée en ce jour d’horreur, devant son père supplicié :

« Seigneur mon Dieu Tout-Puissant, je t’en supplie, protège-moi. Si tu m’épargnes, je ferai tout ce que tu voudras. Je promets de te servir et même d’essayer de servir mes bourreaux, au nom de Jésus je t’en prie. Amen. »

Le chemin est de nouveau ouvert. Des amitiés se révèlent, bientôt suivis de liens affectueux, et de nouveaux comportements de réinsertion pour ces jeunes criminels.

Un nouveau pas est franchi lorsqu’elle devient directrice de la prison de Kigali, et plus encore lorsqu’elle rencontre en prison l’assassin de son père, le sinistre Kad, réduit à un pantin muet et suant. Ainsi le génocidaire, malgré tous ses efforts, ses menaces, ses relations, est exposé à la justice. Que cette justice repose sur la forme judiciaire classique, ou sur les tribunaux populaires gacaca, ou sur l’intervention divine de Jésus-Christ, à chacun d’en peser les poids respectifs. Mais pour Dativa, le message du Christ, retrouvé, accepté, développé dans son action, est maintenant la voie unique et nécessaire. Désormais toutes ses décisions, améliorations, dialogues, se développent au nom de Jésus-Christ, et des accords de coopération sont conclus entre l’administration des prisons et des sociétés de grands chrétiens évangéliques. De nombreux prisonniers prennent le nouveau chemin de la repentance et se consacrent au service des autres.

En conclusion :

« Cette expérience plus que satisfaisante convainquit mes collègues de la reproduire dans d’autres établissements pénitentiaires du pays. »

Cette phrase qui termine le livre semble abrupte. Certains diront qu’elle manque d’envolée. Nous, nous la trouvons juste : un message est lancé. Que celui qui a des oreilles écoute…

PARCOURS À DENTS DE SCIE

PARCOURS À DENTS DE SCIE

Parcours à dents de scie
Dativa Ngaboyisonga
377 pages, 8 illustrations
7,85 €

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GRAMMAIRE, STYLE ET LITTÉRATURE

GRAMMAIRE

Concernant les fameuses fautes de grammaire de Mme T., (je ne sais pas ce qu‘il se passe) un lecteur m’a demandé de les expliquer.  Il pensait que les deux formulations étaient correctes. Voici :

Une seule des deux formulations peut être considérée comme correcte.

Regardons la tournure correcte : « Je me demande ce qui se passe. »
Le sujet du verbe « se passe » est le pronom relatif « qui », lequel a pour antécédent « ce » (la chose, l’ennui, etc.) qui se passe.
Si l’on utilise ce « qui » (abrégé en « qu’ » pour rajouter « il ») on a donc deux fois un sujet identique pour le verbe « se passe ».
Ce redoublement de deux sujets identiques pour le même verbe est grammaticalement faux.

Ne pas confondre avec les redoublements du langage oral qui correspondent, soit à une figure de style : « Moi je te dis que… »
Soit à des tournures méditerranéennes : « Le boulanger il a cuit le pain, et la ménagère elle l’a acheté. »

Donc, moi je vous confirme que je ne sais pas ce qui se passe dans sa tête, mais que je sais qu’il s’y passe quelque chose. (Cette phrase est volontairement lourde pour montrer les différences. Dans la dernière partie de la phrase, il n’y a plus qu’un seul sujet « il » qui se justifie pleinement).

Sans vouloir embrouiller la question, et toujours avec des exemples volontairement lourds, comparez le dialogue suivant (parfaitement correct) avec les phrases fautives du livre :
– Que se passe-t-il ?
– Il se passe… qu’il se passe quelque chose.
– Oui mais quoi ?
– Il se passe… ce qui se passe toujours dans ce cas, qu’elle ne sait pas ce qui se passe.

Si vous avez le moindre doute, transformez le « ce » en « la chose » : les fautes vous apparaîtront immédiatement

J’espère avoir été clair.

STYLE ET LITTÉRATURE

Lisez bien le commentaire de Trévise à propos de l’article précédent. Voilà du style ! Il ose franchir les limites habituelles du français, tout en respectant son génie. J’aime ce “jalouseuse” exemple parfait d’un néologisme, ou devrais-je dire, d’une émergence verbale qui nous irrigue. Du coup, pour dépasser le sens strict de néologisme, le mot artésianisme me survient (à chacun les siens) : adjonction d’un -isme à l’image de ces puits sauveurs, qui découvrent le précieux liquide venu de profondeurs salvatrices.

Lisez et relisez son commentaire: c’est un petit joyau comme seules certaines nuits nous en proposent. La langue française n’est pas seulement une construction solaire, rayonnante, éblouissante, au risque d’un engourdissement stérile. Elle est aussi cette douce clarté lunaire, cette rosée nocturne, ces circulations profondes chères aux poètes. Et tout cela sans que le sens ne se perde, mais au contraire, pour en parfaire les contours, qui sont finalement les supports de nos doutes éternels d’animal humain. En somme, elle est féline, tigresse, griffes et velours, regard plissé et sagesse musclée, pour porter une vraie vie. Lisez et relisez Trévise, et espérez qu’il nous offre un jour ses trésors cachés.

LITTÉRATURE

Alors, le mot de la fin reviendra au commentaire de Claude Ferrieux, mot d’action et de jugement, d’un auteur qui, lui aussi, ne se laisse pas prendre au piège de la pseudo-littérature. Son œuvre en témoigne et le qualificatif “attrayant” qu’il accorde aux publications de Lettropolis est de ces douceurs qui nous aident à poursuivre. Car, comme je l’ai écrit, bombardés que nous sommes par ces tirages de 200 000, la littérature des catacombes numériques a bien du mal à porter ses lumières. Mais, paradoxe, ce pilonnage qui tente de nous écraser, finalement, démasque le vrai du faux.

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