Philosophe et billet d’humeur estivale

Peut-on prétendre, comme Michel Onfray, dans le numéro du Point dédié à la culture générale, du jeudi 24 juillet 2014, que « l’idéal pour qui voudrait être philosophe consisterait à se mettre plutôt aux leçons de la nature qu’à celles des philosophes qui, pour la plupart, pensent que le réel est moins important que les livres. » ?

Entendons bien. Nous – qui voudrions devenir philosophe… Moi ? Pas le moins du monde ! – devrions commencer par vivre avant de lire et non pas par lire avant de vivre, en d’autres termes, ne jamais faire passer la théorie avant la pratique, comme s’il y avait des hommes qui passent exclusivement leur existence à lire, et comme si l’on ne voulait vivre que pour lire et seulement pour lire, et comme si lire avant de «vivre» – par exemple, nous dit M. Onfray, faire l’expérience soit de l’amour, soit du chagrin, soit de l’art de récolter du miel – pouvait nous empêcher de faire un jour ces expériences !

Ne faut-il pas prétendre, au contraire, mais de grâce ! de façon non dogmatique, non autoritaire, non affirmative, que faire d’abord par la lecture l’expérience de l’amour, du chagrin ou de l’apiculture, et que sais-je encore, ne peut qu’affûter le désir de connaître, d’expérimenter et de comprendre ce que l’on est en train de vivre ?

La théorie ne nuit nullement à la pratique ; elle ne l’annule pas ; la lecture des expériences de la vie que d’autres appellent la théorie ne peut rendre la confrontation avec le réel que plus stimulante et même, le cas échéant, aider le néophyte à passer « glorieusement » l’épreuve de la pratique, pour reprendre le mot d’Anne d’Autriche, à propos de son jeune fils Louis XIV, lorsqu’à 16 ans, celui-ci fit pour la première fois l’amour avec l’agréable Mme de Beauvais, alias la baronne Catherine-Henriette Bellier, dite Cateau la Borgnesse…

Mais ne nous égarons point… Ce qui peut nous surprendre, voire nous choquer chez ce soi-disant philosophe hédoniste, M. Onfray, qui se pique d’enseigner l’art de vivre sereinement au commun des mortels, c’est le caractère péremptoire de ses déclarations qui ne donnent pas le choix et édictent en principes universels un ramas de banalités et de lieux communs très sujets à caution. Que lui importe-t-il à ce « philosophe » que ses congénères commencent par lire Cicéron, avant de faire l’expérience du chagrin, lire Virgile avant d’élever des abeilles où L’Art d’aimer d’Ovide, avant de faire l’amour pour la première fois ? Chacun n’a-t-il pas le choix, en ces domaines, de faire comme bon lui semble et n’y a-t-il pas en ces matières toute latitude et liberté possibles, rien, de ce qui relève de la chasse au bonheur, ne devant être soumis à des diktats de philosophes, quels qu’ils soient, mais plutôt à la Providence, c’est-à-dire aux circonstances de la vie et surtout au tempérament de chacun !

De grâce, que l’on nous délivre de ces philosophes !

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