DEMANDEZ LE PROGRAMME

DEMANDEZ LE PROGRAMME !

DEMANDEZ LE PROGRAMME !

 Dans quelque direction que se tournent nos regards, y compris vers la Mecque (ce qui est nouveau mais n’est pas une bonne nouvelle), il n’est question que de “Programmes” ! Ce mot, dont le microcosme des politiciens professionnels a fait l’alpha et l’omega de la pensée, de nos destins et de notre sauvetage, selon qui en parle, pollue tous les pays (sauf la Russie et la Turquie qui savent où elles vont et pourquoi… même si la dictature carcérophile d’Erdogan n’est pas une solution).

  1- Qu’est-ce qu’un programme ?

Étymologiquement, le mot est un mélange de latin et de grec de cuisine, mais en théorie il ne devrait avoir aucun point commun avec le moussaka: un programme (de pro-gramma : ce qui est avant la lettre), est une intention affichée et tournée vers le futur. Il vise une “pro-gression” (=marche vers l’avant)… qui, malheureusement, ne va pas toujours dans le “bon sens”.       Par exemple, les programmes scolaires furent longtemps un ensemble harmonieux chargé de faire progresser les élèves… avant de devenir l’outil d’épandage d’idées périmées (exemple : le socialisme) ou dangereuses (exemple : la théorie du genre)   C’est évidemment dans ce dernier sens seulement qu’il a trouvé sa place en politique, sur une (vilaine) idée de la gauche, qui a, comme trop souvent, été reprise par une droite maladivement suiviste : la mauvaise monnaie, dit le proverbe, chasse toujours la bonne.

À l’opposé de ce que racontent la presse et les partis politiques, un programme ne devrait jamais être une liste de 60 ou 110 clichés controuvés par hasard et pompeusement baptisés “des propositions”.

  2- Pourquoi un programme ?

Ces dernières années, on nous a fait croire qu’une élection ne consistait pas à choisir l’homme (ou la femme) le plus compétent pour faire face aux défis qui se poseront demain, mais à sélectionner celui qui avait pu raconter le plus de sornettes sur ce qu’il ferait, une fois au pouvoir, au cas où les problèmes qu’il a (très mal, en fait) affrontés hier resurgiraient (on ne sait jamais).

    C’est ici que commence la recherche des raisons du désamour actuel des peuples pour leurs “politiques” : les hypothèses étant erronées, soit l’élu va oublier ses promesses, ce qui est mal vu… soit il va s’y accrocher, ce qui est pire.

Les derniers quinquennats illustrent ce hiatus : le programme de Sarkozy reposait sur des hypothèses qui ont été très vite balayées par la crise économique la plus terrible de l’Histoire. Il en a tenu compte et a donc modifié son “plan de route”… ce que certains, pour qui le monde devrait être figé et stable, ne lui pardonnent pas.

À l’opposé, Hollande s’est accroché aux mots plus qu’aux réalités, et il a essayé d’appliquer nombre de ses affreuses promesses de campagne… qui sont révélées pour ce qu’elles étaient : mortelles pour notre pays… qui a été précipité dans un décrochage abyssal. L’analyse (qui était déjà périmée en 2012) n’avait plus rien à voir avec le devenir d’un monde qui change de plus en plus vite.  S’il fallait choisir entre ces deux attitudes… la première a démontré qu’elle était la ‘’moins pire’’ !

  3- Un programme, jusqu’où ?

Leurs promesses étant devenues étrangères au monde où ils auraient dû les mettre en œuvre, les pauvres politiciens, par fonction moins adaptables que les autres citoyens, ont inventé un concept fumeux, le mot le plus imprécis qui soit : “le Changement”.

Mitterrand avait sublimé ce gadget mortifère, et son lamentable “Programme commun de la Gauche” a fait prendre douze ans de retard à notre pays. Depuis, tout candidat à la magistrature suprême (jusqu’à Obama, c’est tout dire !) se croit obligé de promettre “le Changement”.            Or, confondre le Changement avec le Progrès est une erreur énorme… qui est devenue une monomanie chez la plupart des hommes politiques actuels : “le changement” devient leur unique programme… ce qui va laisser leurs électeurs très déçus (à tort : on ne leur avait promis que le “changement”, et ils doivent s’en prendre à eux seuls s’ils attendaient des “progrès”).

Tout progrès est bien un changement, mais tout changement est loin d’être un progrès !

4- Se faire élire sur un programme…

… c’est acheter un billet pour l’enfer : dans un monde en “changement” perpétuel, il est irresponsable de “geler” le futur dans des mots, des idées et des slogans adaptés aux défi d’avant-hier… auxquels ils n’ont même pas su répondre, sinon les maux auraient disparu, ce qui est bien la preuve que le progrès… c’est autre chose que le changement ! (Nous en reparlerons)  !

     Eh ! bien, le croirez-vous ? Avec 2017 qui arrive, ce n’est pas sur leur “vista”, sur leur “leadership”, leur charisme, pas plus que sur leur capacité d’adaptation, leur ’‘corpus doctrinarum’’ (leur culture et leur substrat de références) que les candidats vont être jugés : c’est sur la façon dont ils vont choisir et savoir mettre en page des engagements par définition intenables, rien n’étant égal par ailleurs !

  Les électeurs sont si gravement intoxiqués par le mythe du “Programme” qu’ils croient que là sont toutes les clés du futur… alors que sa seule existence devrait les faire fuir, car il est générateur de lendemains qui ne peuvent que… déchanter !

À titre d’exemple, une aptitude à faire face (peut-être !) au terrorisme dans les années 2019 ou 2021 n’aura rien à voir avec le fait d’avoir échoué à corriger sa version 2016 : la seule chose dont on soit certain, c’est que tout sera différent ! Seule l’absence de tout programme qui serait gravé dans le marbre permettra d’aller chercher la bonne thérapie ailleurs, à la source des maux (et bien au delà) !

Dans les semaines qui viennent, nous aurons de nombreuses occasions de reparler de ce drame potentiel, qui ne peut être qu’annonciateur de catastrophes …

H-Cl.

Demandez le programme : cet article est tiré de l’élégant blog (Comprendre demain) de Claude Henrion sur Tumblr… dont je me régale. (NDLR)

Claude Henrion (H-CL, ce qui explique son piquant) est l’auteur de :

France, agir ou périr ?

France, agir ou périr ?

Cet article est dans la catégorie 2 La littérature s'interroge, Lettropolis transmet mot(s) clef(s) . Signet permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.