L’ISLAM, CE N’EST PAS ÇA (suite V)

 La chute annoncée de la ville kurde de Kobané (c’est une question de jours, voire d’heures, sauf retournement réel des Turcs, pas encore en vue) met en lumière la réaction de la Turquie, que des gribouilles continuent à vouloir intégrer dans la zone ”Europe”…  Mais cet État longtemps ami se cherche désormais entre l’islam et l’islamisme : non content de faire attendre au delà du raisonnable les pauvres ”Pechmergas” luttant avec des lance-pierres contre les 150 ou 200 chars d’un ”émirat” (sic !) sanguinaire et fou furieux, il massacre dans ses rues les manifestants qui implorent son aide… L’Islam est vraiment difficile à  comprendre.

 Ce qui est grave aujourd’hui, ce n’est pas tant le face-à-face entre deux religions dont l’une dénie à l’autre tout droit à l’existence : cela fait partie des souvenirs de l’humanité, ”mon totem va manger ton totem”… ou, plus récemment, et tout près de nous, dans l’espace et le temps : ”mon aigle va plumer ton coq”… Notre mémoire est remplie de souvenirs proches de celui-là, et on appelle parfois cela  l’Histoire !

 Ce qui rend la situation pratiquement insoluble de nos jours, c’est qu’une caste s’est arrogé le droit de décider de quels sujets les peuples ont le droit de parler, et en quels termes ! Or il se trouve, pour notre plus grand malheur, que cette camarilla d’ayatollahs de la bien-pensance est peuplée, en France surtout, de cuistres dont l’inculture est absolue dans les matières sur lesquelles ils prétendent pontifier et pérorer (dans le cas présent : une non-connaissance caricaturale du fait religieux en tant que tel, qu’ils nient jusque dans son essence, mais dont ils parlent et déparlent). Ils nous condamnent donc, devant les petits écrans qu’ils ont colonisés, à écouter pendant des heures des gens qui n’ont pas la moindre idée de ce dont ils discutent, déclarer et répéter, jusqu’à satiété et avec des airs componctueux : « L’islam, ça n’est pas ça … ». Ou, plus invraisemblable encore : « Il ne saurait y avoir de continuum (sic !) entre la tendance Daech et le vrai Islam … »…  Sur quoi se fondent-ils/elles, sur quels arguments, quels documents, quels faits ? Ces questions ne font pas partie de leur logiciel : pour la réponse, il faudra attendre une mise à jour… qui ne viendra jamais, et pour cause ! Elle n’est pas au programme.

 La vérité est simple : les membres du Daech se recommandent de l’islam, ont le Coran en bandoulière, la charia’a dans leurs fontes, et les mots du Prophète comme seule référence. Qui êtes-vous, ô censeurs du ”20 heures”, pour leur dénier le seul titre auquel ils prétendent ? Avez-vous remarqué que les vrais ”croyants”, eux, ne s’exposent jamais à ce genre d’affirmations qui sont risquées au point d’en être des contre-vérités ? Quelques uns proclament que ces horreurs monstrueuses ne sauraient être faites en leur nom personnel (Not in my name) mais leurs enfants, pour certains, ne pensent qu’à aller rejoindre les fauves en liberté… qu’ils perçoivent comme des néo-romantiques de l’extrême. Alors… si vous pensez, ô cuistres péremptoires, qu’ils ne sont pas de vrais musulmans, vous qui osez clamer que l’islam — dont vous ignorez tout — ce n’est pas un ”ça” (que vous seriez bien en peine de définir), il faudrait que vous alliez le leur dire (sur place pour gagner du temps). Je serai là, à votre retour, pour entendre le récit de vos échanges d’arguments : je ne doute pas que vous les convainquiez, tant vous êtes sûrs de vous. Le monde et la paix ont besoin de vous, vous ne pouvez vous dérober !

 À votre place, cependant, je m’inquiéterais d’un fait très déstabilisant : les vrais musulmans eux-mêmes sont très éloignés les uns des autres sur une définition éventuelle de ce qu’est le véritable islam. On trouve en leur sein plusieurs rameaux, véritables sectes qui les divisent, les firqâs, qui croient chacune être dîn-al-haqq, la vraie foi.  Et c’est vous, au nom de votre inculture encyclopédique en matière religieuse, qui allez leur expliquer ce dont vous êtes bien incapables de comprendre la première nuance, et ce que, en plus, ils ne veulent pas entendre ?

 Vous feriez bien mieux d’appliquer votre trop plein d’énergie à essayer de comprendre cette phrase historique et en passe de devenir culte du général de Gaulle (citée par Alain Peyrefitte dans C’était de Gaulle– Fayard, 1994) : ”Nous sommes un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine, et de religion chrétienne… Essayez d’intégrer de l’huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d’un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont les Arabes, les Français sont les Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de Musulmans, qui demain seront peut-être vingt millions et après-demain quarante ?”    Je ne dis pas que ce n’est pas rude, comme analyse, ni que vos façons ringardes et dépassées de ne pas voir le monde tel qu’il est vont s’y retrouver facilement : de toutes manières, apprêtez-vous à laisser des plumes, entre ce que vous êtes prêts à comprendre et ce qui vous attend  ! Ce que je veux dire simplement, c’est que, à en juger par ce que l’on peut lire ou voir chaque jour dans la presse ou sur les écrans, cette analyse gaullienne est infiniment plus proche de la réalité que ne le seront jamais vos thèses amphigouriques.

 Il faut donc continuer ce voyage que nous avons entrepris pour avancer dans la compréhension de ce qui nous sépare et de ce qui pourrait éventuellement nous rapprocher, nos convergences et nos divergences avec l’Islam…  (à suivre)

Cet article est dans la catégorie 2 La littérature s'interroge, Lettropolis transmet. Disponible sous permalien.

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