{"id":2714,"date":"2014-01-06T18:54:34","date_gmt":"2014-01-06T18:54:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lettropolis.fr\/Blog\/?p=2714"},"modified":"2014-01-06T18:54:34","modified_gmt":"2014-01-06T18:54:34","slug":"un-bonheur-de-la-france-litteraire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lettropolis.fr\/Blog\/2014\/01\/06\/un-bonheur-de-la-france-litteraire\/","title":{"rendered":"UN BONHEUR DE LA FRANCE LITTERAIRE"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: x-large;\">C&#8217;est un bonheur que de lire les commentaires de Marc Gautron et de Christine Henniqueau-Mary sur l&#8217;article de Claude Henrion. C&#8217;est un bonheur et un honneur de r\u00e9unir ainsi trois auteurs de grande qualit\u00e9 sur Lettropolis. C&#8217;est une fiert\u00e9 de Lettropolis de naviguer librement en litt\u00e9rature,\u00a0 loin des modes et des obligations du jour.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: x-large;\">Il y a plus : s&#8217;agissant des vertus de la France et de sa langue, ces trois auteurs marient la forme et le fond, loin des slogans factices et des d\u00e9clarations tonitruantes. Chacun \u00e0 sa mani\u00e8re traite d&#8217;un amour fran\u00e7ais. Et la France le m\u00e9rite. Chaque regard dans la moindre campagne le prouve, comme chaque geste de l&#8217;ouvrier form\u00e9 \u00e0 &#8220;la belle ouvrage&#8221; si ronchonneur soit-il (car il est Fran\u00e7ais, n&#8217;oublions pas !).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: x-large;\">Je garde le souvenir d&#8217;une lointaine visite de l&#8217;\u00e9glise de Brou. Le guide avait un remarquable accent bourguignon qui enchanta mes jeunes oreilles. Je ne savais pas qu&#8217;il le partageait avec Colette, dont j&#8217;ignorais alors l&#8217;existence. Mais, plus important, il d\u00e9couvrit, au moyen d&#8217;un miroir et d&#8217;une lampe de poche, le visage sculpt\u00e9 d&#8217;une statuette, lequel \u00e9tait masqu\u00e9 sous un capuchon de marbre. Quelle est cette statue, je ne saurais le dire. D&#8217;autres sont plus \u00e9clatantes, plus connues. J&#8217;en reparlerai \u00e0 l&#8217;occasion. Celle-l\u00e0, n\u00e9e des mains calleuses d&#8217;un humble artisan, me fit comprendre la grandeur du travail bien fait, m\u00eame s&#8217;ils risquent de devenir rares ceux qui en saisissent la port\u00e9e. Ce ma\u00eetre anonyme avait montr\u00e9 l&#8217;exemple, qui est, selon une belle formule, un ordre tacite. J&#8217;aime ici le double sens approfondi du mot &#8220;ordre&#8221; que transmet la langue fran\u00e7aise. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: x-large;\">Depuis le temps, ce guide a d\u00fb retrouver les esprits des grands ouvriers d&#8217;antan. La le\u00e7on d&#8217;ordre demeure. Il faut la poursuivre, l&#8217;appliquer. Un de mes amis, fier de son droit labour et de la tenue de ses anciennes soudures disait simplement : &#8220;\u00c7a ne co\u00fbte pas plus cher de faire du bon travail.&#8221; Chacun est capable de comprendre cela, m\u00eame si nous vivons en des temps o\u00f9 le frelat\u00e9 r\u00e8gne sur l&#8217;audimat.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: x-large;\">Et, comme tant d&#8217;autres amoureux de la chose litt\u00e9raire, relisons encore un autre grand de la langue fran\u00e7aise et de la d\u00e9fense du sol qui l&#8217;avait port\u00e9. Je veux parler de Charles P\u00e9guy dont voici quelques lignes, extraites de <em>L&#8217;Argent<\/em> (1913) :<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: x-large;\">&#8220;Nous croira-t-on&#8230; nous avons connu des ouvriers qui avaient envie de travailler&#8230; Travailler \u00e9tait leur joie m\u00eame, et la racine profonde de leur \u00eatre. Et la raison de leur \u00eatre. Il y avait un honneur incroyable au travail, le plus beau de tous les honneurs, le plus chr\u00e9tien, le seul peut-\u00eatre qui se tienne debout&#8230;<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: x-large;\">Nous avons connu un honneur du travail, exactement le m\u00eame que celui qui, au moyen \u00e2ge, r\u00e9gissait la main et le coeur. C&#8217;\u00e9tait le m\u00eame conserv\u00e9 intact en dessous. Nous avons connu ce soin pouss\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 la perfection, \u00e9gal dans l&#8217;ensemble, \u00e9gal dans le plus infime d\u00e9tail. Nous avons connu cette pi\u00e9t\u00e9 de \u00ab l&#8217;ouvrage bien faite \u00bb pouss\u00e9e, maintenue jusqu&#8217;\u00e0 ses plus extr\u00eames exigences. J&#8217;ai vu toute mon enfance rempailler des chaises exactement du m\u00eame esprit et du m\u00eame c\u0153ur, et de la m\u00eame main que ce m\u00eame peuple avait taill\u00e9 ses cath\u00e9drales&#8230;<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: x-large;\">Dans ce bel honneur de m\u00e9tier convergeaient tous les plus beaux, tous les plus nobles sentiments&#8230;<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: x-large;\">Ces ouvriers ne servaient pas. Ils travaillaient. Ils avaient un honneur, absolu, comme c&#8217;est le propre d&#8217;un honneur. Il fallait qu&#8217;un b\u00e2ton de chaise f\u00fbt bien fait. C&#8217;\u00e9tait entendu. C&#8217;\u00e9tait un primat. Il ne fallait pas qu&#8217;il f\u00fbt bien fait pour le salaire ou moyennant le salaire. Il ne fallait pas qu&#8217;il f\u00fbt bien fait pour le patron ni pour les connaisseurs, ni pour les clients du patron. Il fallait qu&#8217;il f\u00fbt bien fait lui-m\u00eame, en lui-m\u00eame, pour lui-m\u00eame, dans son \u00eatre m\u00eame. Une tradition, venue, mont\u00e9e du plus profond de la race, une histoire, un absolu, un honneur voulait que ce b\u00e2ton de chaise f\u00fbt bien fait. Toute partie, dans la chaise, qui ne se voyait pas, \u00e9tait exactement aussi parfaitement faite que ce qu&#8217;on voyait. C&#8217;est le principe m\u00eame des cath\u00e9drales.&#8221;<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: x-large;\">Lettropolis se rebelle \u00e0 la pens\u00e9e que de telles \u0153uvres, ainsi que de tels messages soient mis aux oubliettes par quelques parasites de l&#8217;Histoire.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&#8217;est un bonheur que de lire les commentaires de Marc Gautron et de Christine Henniqueau-Mary sur l&#8217;article de Claude Henrion. C&#8217;est un bonheur et un honneur de r\u00e9unir ainsi trois auteurs de grande qualit\u00e9 sur Lettropolis. 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