{"id":1614,"date":"2012-02-04T16:59:48","date_gmt":"2012-02-04T16:59:48","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lettropolis.fr\/Blog\/?p=1614"},"modified":"2012-02-17T14:08:16","modified_gmt":"2012-02-17T14:08:16","slug":"nouvel-arrive-a-lettropolis-je-ne-resiste-pas-au-plaisir-dinviter-a-lire-mon-auteur-prefere-en-traduction-helas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lettropolis.fr\/Blog\/2012\/02\/04\/nouvel-arrive-a-lettropolis-je-ne-resiste-pas-au-plaisir-dinviter-a-lire-mon-auteur-prefere-en-traduction-helas\/","title":{"rendered":"Mon auteur pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 (en traduction h\u00e9las)"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"font-size: 18px;text-align: justify\">\u00a0<a title=\"Cesare Pavese : Tra donne sole (Femmes seules) D\u00e9but du roman\" href=\"http:\/\/scalea.over-blog.com\/article-cesare-pavese-tra-donne-sole-femmes-seules-debut-du-roman-98454725.html\">Cesare Pavese : Tra donne sole (Femmes seules) D\u00e9but du roman <\/a><\/h1>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div style=\"font-family: Times New Roman,Times,serif;font-size: 22px\">\n<p style=\"text-align: justify\"><em>On retrouve dans le texte italien le style fluide, pr\u00e9cis et suggestif de Pavese et dans cette page ses th\u00e8mes favoris\u00a0: le retour au pays (Pi\u00e9mont), la solitude recherch\u00e9e, cultiv\u00e9e m\u00eame, la difficult\u00e9 \u00e0 vivre, la n\u00e9vrose, la tentation suicidaire.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">J\u2019arrivai \u00e0 Turin sous la derni\u00e8re neige de janvier, comme les saltimbanques et les vendeurs de nougat. Je me rappelai que c\u2019\u00e9tait carnaval en voyant sous les arcades les \u00e9talages et les becs incandescents \u00e0 l\u2019ac\u00e9tyl\u00e8ne, mais il ne faisait pas encore nuit et je marchai de la gare \u00e0 l\u2019h\u00f4tel en lorgnant \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur des arcades par-dessus les t\u00eates. L\u2019air cru mordait mes jambes et, fatigu\u00e9e comme je l\u2019\u00e9tais, je m\u2019attardais devant les vitrines, me laissant heurter par les gens, et je regardais autour de moi, ramass\u00e9e dans ma fourrure. Je pensais que d\u00e9sormais les journ\u00e9es s\u2019allongeaient, et que bient\u00f4t un peu de soleil ferait fondre cette neige macul\u00e9e et introduirait au printemps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Je revis ainsi Turin, dans la p\u00e9nombre des arcades. Quand j\u2019entrai dans l\u2019h\u00f4tel, je ne r\u00eavais que d\u2019un bain br\u00fblant, m\u2019allonger et passer une longue nuit. De toute fa\u00e7on je devais rester dans la ville quelque temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Je ne t\u00e9l\u00e9phonai \u00e0 personne et personne ne savait que j\u2019\u00e9tais descendue dans cet h\u00f4tel. Pas m\u00eame un bouquet de fleurs ne m\u2019attendait. La femme de chambre qui pr\u00e9para mon bain me parla, pench\u00e9e sur la baignoire, tandis que je bougeais dans la chambre. Ce sont des choses qu\u2019un homme, un gar\u00e7on d\u2019\u00e9tage, ne ferait pas. Je lui dis de s\u2019en aller, que je me d\u00e9brouillerais seule. La fille balbutia quelque chose, en me faisant front, secouant les mains. Alors je lui demandai d\u2019o\u00f9 elle \u00e9tait. Elle rougit fortement et me r\u00e9pondit qu\u2019elle \u00e9tait v\u00e9nitienne. \u00ab\u00a0Cela s\u2019entend, ai-je affirm\u00e9, moi je suis turinoise. Tu serais contente de rentrer\u00a0 chez toi\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Elle acquies\u00e7a\u00a0 avec un regard qui en disait long.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab\u00a0Alors comprends-moi car ici je reviens chez moi, lui ai-je dit, ne me g\u00e2te pas mon plaisir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">&#8211; Je vous demande pardon, r\u00e9pondit-elle, je peux partir\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Quand je fus seule, plong\u00e9e dans l\u2019eau ti\u00e8de, je fermai les yeux, irrit\u00e9e d\u2019avoir trop parl\u00e9 alors que cela n\u2019en valait pas la peine. Plus je suis convaincue qu\u2019il est inutile de parler, plus il m\u2019arrive de m\u2019exprimer. Surtout entre femmes. Mais ma fatigue et une pointe de fi\u00e8vre s\u2019\u00e9vanouirent dans l\u2019eau et je repensai \u00e0 ma derni\u00e8re venue \u00e0 Turin \u2013pendant la guerre- le lendemain d\u2019une incursion a\u00e9rienne\u00a0: toutes les tuyauteries avaient saut\u00e9, pas de bain. J\u2019y repensai avec gratitude\u00a0: tant qu\u2019il y avait un bain dans la vie, cela valait la peine de vivre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Un bain et une cigarette. Tandis que je fumais, la main \u00e0 fleur d\u2019eau, je comparai le clapotis qui me ber\u00e7ait aux journ\u00e9es agit\u00e9es que j\u2019avais connues, au tumulte de tant de paroles prononc\u00e9es, \u00e0 mes d\u00e9sirs compulsifs, aux projets que j\u2019avais toujours r\u00e9alis\u00e9s et qui pourtant ce soir-l\u00e0, se r\u00e9duisaient \u00e0 cette baignoire et \u00e0 cette ti\u00e9deur. \u00a0Avais-je \u00e9t\u00e9 ambitieuse\u00a0? Je revis les visages ambitieux\u00a0: des visages bl\u00eames, marqu\u00e9s, convuls\u00e9s\u00a0; y en avait-il un seul qui se f\u00fbt accord\u00e9 une heure de d\u00e9tente\u00a0?\u00a0 Pas m\u00eame la mort ne calmait cette passion. Quant \u00e0 moi, j\u2019avais l\u2019impression de ne m\u2019\u00eatre jamais d\u00e9tendue un instant. Peut-\u00eatre vingt ans auparavant,\u00a0 alors que j\u2019\u00e9tais une enfant et jouais dans les rues, attendant le c\u0153ur battant la saison des confettis, des baraques de foire et des masques. C\u2019est peut-\u00eatre \u00e0 ce moment-l\u00e0 que j\u2019avais pu m\u2019abandonner. Mais \u00e0 cette \u00e9poque pour moi carnaval ne signifiait que man\u00e8ges, nougats et nez en carton-p\u00e2te. Ensuite, par la fr\u00e9n\u00e9sie de sortir, de voir et courir dans Turin, par les premi\u00e8res escapades dans les ruelles en compagnie de Carlotta et des autres filles, par la frayeur de nous sentir pour la premi\u00e8re fois suivies, m\u00eame cette innocence avait cess\u00e9 d\u2019\u00eatre. Fait \u00e9trange. Le soir du jeudi gras, quand l\u2019\u00e9tat de mon p\u00e8re s\u2019\u00e9tait aggrav\u00e9 et le conduirait \u00e0 la mort, j\u2019ai pleur\u00e9 de rage et l\u2019ai ha\u00ef en pensant \u00e0 la f\u00eate que je manquais. Seule ma m\u00e8re me comprit ce soir-l\u00e0, elle me taquina et me dit de d\u00e9barrasser le plancher, d\u2019aller pleurer dans la cour aupr\u00e8s de Carlotta. Mais je pleurais parce que le fait que mon p\u00e8re allait mourir m\u2019effrayait et m\u2019emp\u00eachait int\u00e9rieurement de m\u2019abandonner au carnaval.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le t\u00e9l\u00e9phone sonna. Je ne bougeai pas de ma baignoire car j\u2019\u00e9tais heureuse avec ma cigarette\u00a0; probablement au cours de cette lointaine soir\u00e9e \u00a0je m\u2019\u00e9tais dit pour la premi\u00e8re fois que si je voulais faire quelque chose, obtenir quelque chose de la vie, je ne devais me lier \u00e0 quiconque, ne d\u00e9pendre de personne, comme j\u2019\u00e9tais li\u00e9e \u00e0 ce papa importun. Et j\u2019y \u00e9tais parvenue. Maintenant tout mon plaisir consistait \u00e0 me diluer dans cette eau et ne pas r\u00e9pondre au t\u00e9l\u00e9phone.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0Cesare Pavese : Tra donne sole (Femmes seules) D\u00e9but du roman On retrouve dans le texte italien le style fluide, pr\u00e9cis et suggestif de Pavese et dans cette page ses th\u00e8mes favoris\u00a0: le retour au pays (Pi\u00e9mont), la solitude recherch\u00e9e, &hellip; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.lettropolis.fr\/Blog\/2012\/02\/04\/nouvel-arrive-a-lettropolis-je-ne-resiste-pas-au-plaisir-dinviter-a-lire-mon-auteur-prefere-en-traduction-helas\/\">Suite <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_s2mail":"yes","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[23,30],"tags":[],"class_list":["post-1614","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-r2","category-r21"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.6 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Mon auteur pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 (en traduction h\u00e9las) - Lettropolis<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.lettropolis.fr\/Blog\/2012\/02\/04\/nouvel-arrive-a-lettropolis-je-ne-resiste-pas-au-plaisir-dinviter-a-lire-mon-auteur-prefere-en-traduction-helas\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Mon auteur pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 (en traduction h\u00e9las) - Lettropolis\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"\u00a0Cesare Pavese : Tra donne sole (Femmes seules) D\u00e9but du roman On retrouve dans le texte italien le style fluide, pr\u00e9cis et suggestif de Pavese et dans cette page ses th\u00e8mes favoris\u00a0: le retour au pays (Pi\u00e9mont), la solitude recherch\u00e9e, &hellip; 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