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Nombre de pages : 1506

Format(s) : Format PDFISBN n° 978-2-36708-123-6 (pdf).
LA VIE DU TEXTE

De Saint-Pétersbourg à Diaghilev 

L’idée d’écrire ce livre est ancienne. Sa genèse remonte à mon premier séjour à Saint-Pétersbourg, en septembre 1992, quand, au lendemain de la renaissance de la Russie, je fus invité à participer à un hommage rendu au grand compositeur français Déodat de Séverac, à l’occasion de la commémoration du soixante-dixième anniversaire de sa mort à Céret en Roussillon.
Séverac était connu des musicologues et des mélomanes pour avoir été, de 1909 à 1914, interprété dans les concerts des Soirées de musique moderne organisées à Moscou par Vladimir Derjanovsky, rédacteur en chef de la revue La Musique. Dans ces soirées, Déodat de Séverac y était joué à côté des musiciens russes – Scriabine, Prokofiev, Stravinsky, Katoir, Rebikov, Miaskovsky, les frères A. et G. Krein – et français – Ravel, Debussy, Schmitt, d’Indy – représentant la tendance « dernier cri », que l’on appelle en France modernisme. Sa musique bénéficiait donc d’une juste renommée qui se développait à Saint-Pétersbourg. Les deux premières villes de Russie se conditionnaient alors réciproquement, et il n’était pas rare qu’un résidant de l’une d’elle fît l’aller-retour dans un train de nuit pour aller assister à un événement artistique dans l’autre.

En 1992, la cité pétrovienne rendit donc un hommage au grand compositeur français – qui fut en son temps considéré comme l’un des trois du trio de la Jeune École française, dite impressionniste –par un ensemble de manifestations dans divers endroits de la ville pour accompagner l’événement principal qui fut la création au théâtre Dimini, d’un spectacle de José Sobrécases, Moi Déodat de Séverac, d’un concert de Christophe Maynard, et mon exposition sur Déodat de Séverac musicien de la Lumière (1872+1921).
Cette soirée de création fut inaugurée en présence de Mme Sobchak qui remplaçait son maire de mari empêché, par M. Tarasevitch, maire d’arrondissement, M. Blackmann, consul de France et Michel Taran, directeur de l’Institut français.
C’est là, qu’au cours de la réception, Mme Rodina, présidente d’une importante association culturelle, vint de me proposer de m’associer à sa structure, « pour renouer une collaboration franco-russe et effacer soixante-dix ans de bolchevisme », selon ses propres termes. J’acceptai avec enthousiasme sans réfléchir, trop heureux de pouvoir revenir dans la cité pétrovienne. Et quand elle me demanda sur quel thème aurait lieu notre collaboration, je lui  proposai, toujours sans réfléchir : les Ballets russes. J’ignorais alors que ces trois mots allaient profondément bousculer ma vie, civile et intellectuelle.

En fait, ma réponse ne devait rien au hasard, car je travaillais alors au développement d’un projet de Musée Alain-Fournier-Jacques Rivière ou devaient être évoquées leurs passions et leurs influences. Or parmi celles-ci les Ballets Russes tenaient une bonne part, Alain Rivière ayant beaucoup écrit sur les productions de Diaghilev, et Alain-Fournier ayant trouvé le ressort de son roman Le Grand Meaulnes, dans Le Carnaval de Fokine/Schumann, en 1910, au cours d’un spectacle des Ballets russes. Le sujet sans m’être encore familier était donc à l’ordre du jour dans mes recherches et dans mes activités. En 1986, dans le cadre du centenaire de la naissance d’Henri Alain-Fournier et de Jacques Rivière, nous avions organisé au château de La Chapelle d’Angillon, en partenariat entre Patrimoine et Renaissance et le Festival Déodat de Séverac, une Soirée Belle Époque avec dîner dans des assiettes décorées d’après des maquettes de costumes de Léon Bakst pour les Ballets Russes, et un récital de la pianiste Flore Dupuy interprétant des œuvres de musiciens de l’époque. Depuis, j’ai le plaisir de recevoir mes invités dans des assiettes décorées de représentations de Nijinsky, de Trouhanova et de Karsavina.

C’est dire que Diaghilev allait prendre dans ma vie une place capitale à côté de Séverac à qui je m’intéressais déjà depuis plusieurs années dans le but de le faire sortir de l’injuste oubli où son éloignement de Paris pour le soleil méditerranéen l’avait entraîné, à une époque où la radio était balbutiante et où la réputation d’un artiste se faisait dans la ville-lumière d’où l’on venait du monde entier pour se faire connaître, et où un passage aux Ballets Russes de Diaghilev apportait la consécration. Or Séverac avait raté cette chance en n’étant pas libre le jour fixé par Diaghilev. Il n’était pas à Paris quand Diaghilev recherchait des compositeurs français modernes, comme ses pairs, Debussy, Ravel et Fauré, Dukas et Schmitt, tous liés à Séverac. Séverac était pourtant lié avec Missia, la grande amie du producteur de spectacles, avec ses neveux, les Godebski, Calvocoressi, directeur artistique de Diaghilev pour la musique qui lui avait présenté Debussy, Ravel, Fauré, quand il cherchait des compositeurs français. Et quand en 1912, Séverac accepta de collaborer avec Ida Rubinstein en composant la musique d’Hélène de Sparte d’Émile Verhaeren, il mécontenta certainement Diaghilev qui ne supportait pas la concurrence, surtout quand elle émanait d’une artiste qu’il avait amenée en France et qui utilisait régulièrement ses artistes, comme ici Bakst pour les décors, Sanine pour la mise en scène, d’autant que Rubinstein était riche et payait très bien ses artistes tandis que Diaghilev avait la réputation de très mal payer. Je raconte tout ça dans mon livre.
Brisé dans son élan par la guerre qui faillit également mettre un terme aux Ballets de Diaghilev, il était trop tard quand il comprit qu’il fallait absolument être à Paris pour se faire connaître, rongé par le mal qui allait l’emporter. Ainsi dans ma vie, dans mes travaux et mes recherches, Diaghilev et Déodat se sont-ils trouvés en parallèle. Chose étonnante, ils sont nés la même année, en 1872.

J’ai toujours aimé découvrir et faire découvrir les gloires du passé artistique injustement oubliées par l’ignorance, le snobisme, le conformisme et la routine. Le Festival Déodat de Séverac qui m’a permis de découvrir Saint-Pétersbourg avait pour but de « faire connaître ou redécouvrir l’œuvre de musiciens inconnus ou oubliés du grand public », et si l’accent était mis à l’origine sur les compositeurs français et espagnols, il s’ouvrit très vite aux musiciens russes et portugais.

En 1997 il fut même question d’organiser à Moscou un Festival Déodat de Séverac en partenariat avec le Musée central de la culture musicale Mikhaïl Glinka qui m’avait contacté pour me demander ma collaboration par l’intermédiaire de Mme Julie Declerc, conservatrice adjointe du Musée Glinka, chargée d’un grand projet englobant une exposition et des concerts sur le thème du Dernier Cri dans l’art de la Russie et de la France au début du XXe siècle, Moscou-Paris-Pétersbourg aux yeux des contemporains. Notre Festival Déodat de Séverac à Moscou devait prendre la suite de cette grande manifestation internationale centrée autour des Soirées de musique moderne dont nous avons parlé plus haut. C’est la mort prématuré de son directeur, M. Anatoly Paniouchkine, qui m’avait nommé représentant de son Musée pour les opérations où Séverac et Diaghilev étaient réunis, qui mit un terme à ce que nous avions prévu. Bien qu’une tentative ait été relancée en 2009, par M. Mikhail Bryzgalov, nouveau directeur qui me nommait mandataire pour traiter en son nom avec les héritiers des compositeurs vivant en France, Schmitt, d’Indy et Séverac. Le festival devait suivre la parution de l’ouvrage, mais le financement tarda et ce n’est qu’en 2013, que le financement du livre ayant pu être trouvé, il fut publié aux éditions P. Jurgenson, non plus en un mais en cinq volumes. Il est disponible au Musée Glinka ou sur Internet chez Ozon.ru.

Le premier Festival Diaghilev à Saint-Pétersbourg eut donc lieu du 4 au 15 janvier 1993 dans plusieurs théâtres pétersbourgeois, outre le théâtre Démini, aux théâtres Alexandrinsky, de l’Ermitage, Mariinsky, la salle Octobre, la Grande Salle de la Capella, la maison des Architectes et le musée du Théâtre ou fut présentée une seconde exposition consacrée à des maquettes de costumes des Ballets Russes, et à Chaliapine, que Diaghilev fit connaître aux Parisiens, avec la collaboration du Festival Déodat de Séverac. Ce fut pour moi l’occasion d’écrire dans Le Journal de Saint-Pétersbourg, mon premier article de presse russe, consacré à Séverac. Au cours de ce Festival Diaghilev dont le Festival Déodat de Séverac était partenaire, le spectacle de José Sobrecases créé en septembre de l’année précédente, fut repris le 20 janvier, mais dorénavant, Diaghilev allait partager avec Séverac, l’essentiel de mes préocupations.
Pour répondre au souhait de mes partenaires pétersbourgeois du moment, je préparai dès mon retour de Russie, une exposition sur panneaux, sur le modèle de celle de Séverac exposée au théâtre Démini, dont le financement fut partagé entre mes fonds personnels et le Festival Déodat de Séverac que j’avais créé avec le soutien de Vladimir Jankélévitch et d’Henri Sauguet – un compositeur français des Ballets russes – que j’avais connu en 1983 au Festival d’Alan-en Comminges, dont le Festival Déodat de Séverac était partenaire pour une exposition et un spectacle de Michel de Carol sur Déodat de Séverac. Pour le remercier de l’œuvre pour piano en Hommage à notre Déodat, j’organisai pour l’honorer en 1989 à la bibliothèque Historique de la Ville de Paris, une exposition où fut largement représenté son ballet La Chatte, un triomphe des Ballets russes. Comme vous voyez, on n’en sortait pas, l’alliance Séverac-Diaghilev n’allait pas s’arrêter là.

J’ai pu réaliser très vite cette première exposition consacrée à « Serge de Diaghilev et la grande Saison russe de Paris » grâce au soutien de M. Jean Dérens, directeur de la Bibliothèque historique de la Ville de Paris (BHVP) qui mit à ma disposition les documents que possédait sa bibliothèque et celle de l’Association des régisseurs de théâtre (ART).
Elle fut présentée pour la première fois dans la salle d’exposition de la Capella de Saint-Pétersbourg devant un parterre de personnalités du monde musical, chorégraphique ou tout simplement du monde culturel de Saint-Pétersbourg. À la demande de la première chaine de télévision je dus présenter quelques jours plus tard mon exposition, en compagnie du danseur et chorégraphe Nikita Dolgouchine.
Dans le cadre de ce Festival Diaghilev, fut redonné le spectacle de José Sobrécases, Moi, Déodat de Séverac. La date de l’exposition dépassée, je mis celle-ci à la disposition de l’Institut français qui la fit circuler dans plusieurs villes de Russie. De retour à Paris, elle fut présentée à la Maison des conservatoires, au Forum des halles, du 24 mai au 5 juin 1994, dans le cadre d’un Festival Diaghilev qui fut accompagné d’un récital de piano de musiques des Ballets russes, par Christophe Maynard, des conférences de Jean Darnel et Cahours d’Aspry, un spectacle de ballets Autour des Ballets Russes par les élèves du Conservatoire de danse Marius Petipa, conçu par la danseuse étoile Claire Sombert, et pour couronner le tout, un grand article sur les Ballets russes, dans la revue Ecouter Voir, le premier que je consacrai en France au sujet.
Ayant été invité par le Centre d’art Diaghilev, de Saint-Pétersbourg qui m'avait nommé délégué à Paris, je retournai dans la ville de Diaghilev présenter mon exposition dans les salles du 20 avenue Nevsky, pour le compte de ce Centre d’art Diaghilev avec lequel je ne poursuivrais pas de relation, les peintres russes qu’ils voulaient me faire exposer au Centre culturel de Russie, ne me plaisant pas, cela en accord avec l’ambassadeur de l’époque.
Un éditeur moscovite m’ayant proposé d’éditer un livre sur Diaghilev et les Ballets russes, je commençai un premier cahier intitulé Serge de Diaghilev et la grande Saison russe qui fut le dernier numéro du Cœur du moulin, la revue publié par Le Festival Déodat de Séverac, remplacée par le premier numéro du Monde de l’Art et des Lettres, les activités du Festival Déodat de Séverac (Paris), étant destinées à réaliser des actions en partenariat, avec d’autres associations dont l’Association des amis des Ballets russes et de Vasslav Nijinsky dont je fus élu secrétaire général en remplacement d’Olivier Marmin, avec qui je m’étais lié, à cause de son intérêt pour Déodat de Séverac et de Céret.
Décidément ! Olivier nous a quittés, deux jours après une longue conversation que nous avions eue pour préparer le centième anniversaire des Ballets russes où il me poussait à me tourner vers le Musée de Céret.

Les ans avaient passé depuis le premier Festival Diaghilev de Saint-Pétersbourg, depuis les projets devenus sommeillants de Moscou, et pour moi la priorité de mes activités étaient plutôt tournée vers Séverac et Alain-Fournier, quand un soir de 2008, Sonia S. critique de danse me demanda lors d’une réception au théâtre de la Ville, autrefois utilisé par Diaghilev pour une Saison russe : 
— Et vous ? Que faites-vous l’année prochaine ?
Interloqué je répondis :
— Pourquoi ?
— Mais pour le centenaire des Ballets russes ?
Et c’est comme ça que je me mis vraiment à la rédaction du livre que vous avez sous les yeux. Et comme je pensais qu’il fallait pour le faire connaître qu’on en parle, je décidai de m’adresser aux Commémorations nationales qui acceptèrent que 2009 réunisse le centenaire de la création des Ballets russes – reconnu comme commémoration nationale – en même temps que l’Année de la Russie en France, 2010 devant correspondre à l’année de la France en Russie.

Hélas, le président Sarkozy supprima la première commémoration franco-russe pour la donner à la Turquie, avec comme second handicap, le fait qu’elle tombait en période d’élections municipales. Résultat : rien ne put se réaliser, les municipalités ne sachant pas si elles seraient réélues. Je perdais donc le résultat des promesses des Commémorations qui m’avaient proposé le financement d’un catalogue sur cet événement parisien international. On me conseilla d’intéresser le Musée Carnavalet où l’on me répondit – ne riez pas – « qu’on ne voyait pas le lien entre les Ballets Russes et Paris. »

 Certes nous avons réalisé quelques projets, notamment avec Jocelyne Meunier et Stella Kalinina qui rendit un très bel hommage à Diaghilev au Théâtre Pierre Cardin où fut présenté une belle exposition de peintures sur la danse par Gueorgui Chichkine, l’auteur de la couverture de ce livre numérique.
Lors de l’exposition Des Ballets russes au Grand Meaulnes, que j’organisai du 25 juin au 2 octobre au château de La Chapelle d’Angillon avec Jocelyne Meunier, il fut une des pièces majeures de l’exposition avec d’autres toiles où il évoquait les Ballets russes. Il était donc bien normal qu’il fût honoré en page de couverture.

Ce livre aurait dû avoir une préface de Vladimir Volkov. Je regrette beaucoup que sa mort nous ait privé du soutien de ce grand écrivain dont il ne nous reste que le mot qu’il m’envoya pour me témoigner de son soutien, comme de celui de Milorad Miskovitch qui aurait tant aimé voir la parution de ce livre et m’entourait depuis longtemps de son amitié.


Jean-Bernard Cahours d’Aspry

 

 

 

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