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LA VIE DU TEXTE

J’ai commencé ce roman le 16 décembre 1993. J’avais 29 ans. Je ne me souviens plus des circonstances. Je ne me rappelle plus clairement les raisons qui me l’ont inspiré. C’est dommage. Je me rappelle que je l’ai écrit avec fougue et facilité. J’en éprouvais une sorte d’ivresse, d’exaltation. J’écrivais sur un cahier que je datais. Le 26 mars 1995, j’en avais presque fini la rédaction. Cependant quelque chose m’échappait. Je ne voyais pas l’horizon de mon livre. Et la source se tarissait à mesure que les mois passaient. Je redoutais de ne pas finir ! Le 24 juillet 1996, le puits était sec ! Le roman n’était pas fini ! D’autres activités m’éloignaient de mon travail d’écriture. Le 5 juin 1999, je reprenais le manuscrit, sans succès.
Pendant 7 ans, je gardai en moi ce projet. Il mûrissait. J’avais besoin de silence et de paix. J’attendais le bon moment. Le 3 août 2006, je me remettais au travail, d’arrache-pied. Tout alla de nouveau très vite. C’était, en fait, si facile ! Il ne faut pas avoir peur. Je m’étonne toujours de ce processus créatif qui reste mystérieux. À mesure que j’écrivais, tout s’éclairait, je savais où aller.  Tout fut fini en deux mois. Ensuite, je recopiai le texte et le polissai et le repolissai.
En y réfléchissant bien, je me rappelle que j’avais lu la nouvelle de Stefan Zweig L’Amour d’Érika Ewald entre 1990 et 1993. J’en avais été très marqué. J’enseignais alors au collège et à cette époque je donnais à mes élèves un exercice bien connu, une suite de texte. J’eus l’idée de me prêter à l’exercice de mes élèves et mutatis mutandis, d’imaginer la suite de l’histoire de cette jeune femme pianiste éconduite par son amoureux... C’est pourquoi j’ai gardé le nom de l’héroïne de Zweig, écrivain que j’admire. Ce récit est, en fait, une suite de texte… Je prends beaucoup de liberté par rapport au récit initial et je pense qu’un professeur sourcilleux me mettrait une mauvaise note !  Peu importe.
Je joue également sur les deux sens de la préposition de. La Haine d’Érika Ewald ! Le titre s’imposa tout de suite. La haine est celle qu’Érika Ewald éprouve d’abord pour son prochain ; ensuite celle qu’elle inspire… Drewer, quant à lui, son nom me fut inspiré par Eugène Drewermann, ce théologien en déroute, cette grande étoile tombée dont, en 1994, on parlait déjà beaucoup. J’abrégeai son nom et il devint Drewer, l’homme perdu.  Je lui garde l’initial de son prénom, comme la trace presqu’effacée de son baptême. Mon personnage est un saint qui s’est perdu ou plutôt qui s’est laissé perdre…
Il me plaît de brouiller les pistes ; je ne veux pas que la conclusion de mon récit soit nette, ni claire – l’une de ces conclusions bien moralistes ! Pas de ça avec moi ! La vie n’est pas simple ; elle est confuse et embrouillée. Nous vivons sous le regard les uns des autres ; nos jugements s’entremêlent. Nous sommes les autres et les autres sont nous. Les jugements nous perdent, nous trahissent et nous enferment dans nos certitudes dérisoires, mesquines, désespérantes. Je ne voulais pas que Drewer fût forcément perdu ni Érika sauvée. Je me suis donc retiré de ce récit. J’ai laissé à un autre le soin de le mener et, surtout, de juger à ma place, de juger et encore de juger,  et de condamner avec méchanceté, intolérance, cruauté, mépris, violence, ces pauvres personnages qui sont nos tristes doubles… Je n’ai pas voulu endosser la responsabilité de ce récit, parce que je n’ai pas voulu me mettre à la place de Dieu. Non, je le répète, je me suis retiré. Et si c’était à réécrire, je le réécrirais ainsi.

 

 

 

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