{"id":917,"date":"2011-05-09T09:49:51","date_gmt":"2011-05-09T09:49:51","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lettropolis.fr\/Blog\/?p=917"},"modified":"2011-12-18T17:00:06","modified_gmt":"2011-12-18T17:00:06","slug":"beatrix-beck-pour-lamour-de-la-langue-francaise","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.lettropolis.fr\/Blog\/2011\/05\/09\/beatrix-beck-pour-lamour-de-la-langue-francaise\/","title":{"rendered":"Beatrix Beck: pour l&#8217;amour de la langue fran\u00e7aise"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: x-large;\">Lettropolis aime ceux et celles qui aiment la langue fran\u00e7aise, et se donnent la m\u00eame ligne de conduite: une tenace ind\u00e9pendance d&#8217;esprit. C&#8217;est pourquoi, Lettropolis se doit d&#8217;inviter Beatrix Beck sur son blog.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: x-large;\">B. Beck a quitt\u00e9 ce monde le 30 novembre 2008 \u00e0 94 ans. S&#8217;\u00e9tait-elle auparavant r\u00e9cit\u00e9 la liste que s&#8217;amuse \u00e0 allonger l&#8217;un de ses personnages, refusant de s\u00e9parer\u00a0<em>rire et mourir <\/em>?\u00a0<em>Corps-mort, eau morte, morte saison, article de la mort&#8230; faire le mort&#8230; souffrir mille morts&#8230; la mort dans l&#8217;\u00e2me&#8230; mourir de sa belle mort, t\u00eate-de-mort<\/em> (le fromage!) Beatrix Beck, c&#8217;est la femme qui a re\u00e7u le prix Goncourt pour son roman <em>L\u00e9on Morin, pr\u00eatre <\/em>en 1952 et rendu c\u00e9l\u00e8bre pas l&#8217;adaptation cin\u00e9matographique de Jean-Pierre Melville. Lucide jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;insolence, \u00e9rigeant la justesse en valeur supr\u00eame, aussi capable de d\u00e9tachement cynique que de passion au combat d\u00e8s lors qu&#8217;il faut \u00e9clairer la vie et la pens\u00e9e, elle r\u00e9sume son existence en quelques mots: &#8220;n\u00e9e par erreur \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, ramen\u00e9e en France \u00e0 vingt et un jours, comme tout le monde, assise entre deux chaises, la vie et la mort&#8221;, et par une de ces r\u00e9flexions qui d\u00e9finissent la causticit\u00e9 de son esprit, la lame de son \u00e9criture, et son in\u00e9puisable d\u00e9sir de servir la litt\u00e9rature, elle ajoute : &#8220;sans aucun doute ne se verra pas mourir, qui a jamais vu \u00e7a ?\u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: x-large;\"> On peut toujours se dire que la litt\u00e9rature fut son milieu de vie, sa nourriture, puisque son p\u00e8re \u00e9tait\u00a0Christian Beck,\u00a0\u00e9crivain wallon aux origines lettone et italienne, ami d&#8217;Andr\u00e9 Gide, dont elle fut plus tard la secr\u00e9taire; on peut toujours se dire qu&#8217;\u00e0 2 ans par la mort de son p\u00e8re et \u00e0 22 par le suicide de sa m\u00e8re, elle apprit\u00a0\u00e0 c\u00f4toyer\u00a0le myst\u00e8re de la vie et des \u00eatres, n&#8217;en reste pas moins \u00e9tonnant cet insatiable d\u00e9sir qui ne l&#8217;a jamais l\u00e2ch\u00e9e de qu\u00eater et aimer les mots, pour ciseler, broder des textes jet\u00e9s \u00e0 l&#8217;esprit des lecteurs, comme on jette des v\u00e9rit\u00e9s \u00e0 la figure des gens, un d\u00e9sir tout entier tenu en \u00e9veil par l&#8217;exercice d&#8217;un talent dont la discr\u00e9tion tint lieu d&#8217;\u00e9l\u00e9gance, et qui ne cesse de nous adresser un sempiternel &#8220;pourquoi?&#8221; <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: x-large;\">R\u00e9pondre que l&#8217;\u00e9criture coule dans ses veines ne suffit pas. Sans doute est-il plus juste de dire que ce d\u00e9sir port\u00e9 \u00e0 un tel degr\u00e9 de v\u00e9rit\u00e9 est le fruit d&#8217;une v\u00e9n\u00e9ration: celle de la langue fran\u00e7aise. Et c&#8217;est bien la qualit\u00e9 de cette v\u00e9n\u00e9ration qui peut rendre vain le &#8220;pourquoi&#8221; de l&#8217;\u00e9criture. Elle explique peut-\u00eatre tout, elle est une r\u00e9ponse \u00e0 elle seule. Ainsi, s&#8217;abandonner aux phrases de B\u00e9atrix Beck \u00e0 la syntaxe mani\u00e9e, p\u00e9trie, prenant sa forme peu \u00e0 peu dans les mots comme la statue dans les mains du sculpteur, et au lexique d&#8217;une richesse rare, c&#8217;est rejoindre cette v\u00e9n\u00e9ration. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: x-large;\">Je connais la joie de cet abandon depuis que le recueil de nouvelles <em>Moi ou autres <\/em>qu&#8217;elle fit para\u00eetre en 1994 m&#8217;a \u00e9t\u00e9 tout r\u00e9cemment offert. Impossible de ne pas vous la faire partager. <em>Un mutant <\/em>se pr\u00e9sente ainsi \u00e0 nous: <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: x-large;\"><em>N\u00e9, para\u00eet-il, le &#8230; \u00e0, de&#8230; et de&#8230; qui m&#8217;ont reconnu. Fausse reconnaissance, paramn\u00e9sie, on ne me la fait pas. Claudel dirait, re-co-na\u00eetre, autrement dit mes parents sont n\u00e9s \u00e0 nouveau avec moi. Moi, je ne reconnais personne, j&#8217;ai beau me donner un mal de chien.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: x-large;\"><em>Pr\u00eate-moi ta plume pour \u00e9crire quoi? Un mot d&#8217;amour, tous le sont puisque compos\u00e9s de lettres, ces d\u00e9esses.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: x-large;\">Hippolyte Leneux, un autre personnage, parle \u00e0 sa femme morte et attend de la rejoindre. Et c&#8217;est les yeux sur une carte, pour suivre le voyage d&#8217;un couple d&#8217; hirondelles et de leurs hirondeaux qui quittent son toit, que la mort le prend, doucement:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: x-large;\"><em>La t\u00eate pench\u00e9e sur un atlas \u00e0 la page du S\u00e9n\u00e9gal, le doigt pos\u00e9 sur les \u00eeles du Cap Vert, il se sentit envahi par une douceur un peu angoissante, une mollesse, un rel\u00e2chement, un d\u00e9nouement. Effray\u00e9 et attir\u00e9. Pour respirer il ouvrit grand la bouche, comme les hirondeaux affam\u00e9s. C&#8217;est peut-\u00eatre comme \u00e7a quand on clamse, se dit-il.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: x-large;\">Les mots jouent ensemble, frottent leurs sonorit\u00e9s les unes aux autres, conscients de leur pouvoir de surench\u00e9rissement, \u00e9lanc\u00e9s vers un m\u00eame but: <em>Dimanche \u00e9teint de mon assouvissement, saisons de mon asservissement, carnaval de mon ensevelissement, jour nuit de mon accomplissement, <\/em>se dit dans la premi\u00e8re nouvelle Stanislas Lenclume, octog\u00e9naire, ancien professeur d&#8217;art pris d&#8217;un ultime passion pour une gargouille de la cath\u00e9drale de sa ville, Notre-Dame-de-Toutes-Gr\u00e2ces. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: x-large;\">Fantaisie, tragique, humour noir, tendresse, sarcasme: Beatrix Beck m\u00eale tous les tons comme la vie sait si bien les m\u00ealer, en toute coh\u00e9rence. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: x-large;\">La langue fran\u00e7aise a trouv\u00e9 une irrempla\u00e7able adoratrice. La vocation de Lettropolis est d&#8217;\u00eatre l&#8217;interm\u00e9diaire entre tous ses adorateurs et vous, lecteurs. Avec B\u00e9atrix Beck, quand bien m\u00eame ce n&#8217;est que par quelques mots rapides, la mission est remplie. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Avec les compliments de Lettropolis\u00a0: l\u2019\u00e9dition num\u00e9rique de livres num\u00e9riques appel\u00e9s OLNIs<\/em><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>\u00ae<\/em><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lettropolis aime ceux et celles qui aiment la langue fran\u00e7aise, et se donnent la m\u00eame ligne de conduite: une tenace ind\u00e9pendance d&#8217;esprit. C&#8217;est pourquoi, Lettropolis se doit d&#8217;inviter Beatrix Beck sur son blog. B. 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